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La pensée visuelle

- Julie BOUCHONVILLE

La pensée visuelle

Les autistes sont censés avoir une « pensée visuelle », c’est à dire une tendance à penser en images, à s’imaginer le monde en 3D, et à être bons en math et en ingénierie. Dans la même lignée, nous aurions une mémoire visuelle et comprendrions mieux les choses qui nous sont présentées sous forme de schémas.

Mais est-ce vrai, et pour tout le monde ? Comment peut-on seulement penser, si on ne pense pas en images ? Et si on est vraiment si doués avec les visuels, comment se fait-il que beaucoup d’entre nous aient autant de mal à lire les horloges analogiques ou à mémoriser le visage des gens ?

 

L’intelligence collective autiste

Les autistes, on le sait, ne sont pas tous connectés à une grande intelligence collective qui s’assure que nous restions identiques. Tous les autistes ne pensent donc pas de la même façon, n’apprennent pas de la même façon, etc. Il est de fait difficile de faire une généralité de type « les autistes ont une mémoire visuelle ».

Par exemple, certains autistes sont aphantasiques – l’aphantasie est d’ailleurs plus représentée chez les autistes que chez les non-autistes. Pour rappel, l’aphantasie est la difficulté accrue voire l’incapacité à visualiser des images dans son esprit. Si par exemple je dis « hérisson » et que mon lecteur voit un hérisson tout choupi apparaître dans son esprit, il n’est pas concerné. Si en revanche mon lecteur sait intellectuellement à quoi ressemble un hérisson mais n’a pas d’image nette, ou visualise surtout le concept d’un hérisson, par exemple une série d’informations et les émotions qu’il associe à cet adorable mammifère, il y a des chances qu’il soit aphantasique[1].

 

Au-delà du mode de pensée visuelle, qui consiste à penser en images, il en existe d’autres. Certaines personnes pensent en sons, elles entendent littéralement leur voix dire les pensées à voix haute, d’autres pensent en concepts uniquement, etc.

Peut-on dès lors dire que tous les autistes ont une approche visuelle du monde ? Clairement pas.

 

L’approche visuelle

Bien sûr, les autistes qui ont une grande capacité de visualisation, voire de visualisation précise et en 3D, existent. Cela peut faire de nous d’excellents artistes et ingénieurs, ou tout simplement nous pousser au désespoir lorsque nos romans préférés sont adaptés en films et que les personnages ne sont tellement pas comme nous les avions minutieusement imaginés.

 

D’autres aspects typiques de notre neurotype peuvent également participer à l’impression qu’aurait un observateur extérieur que nous sommes plutôt visuels, alors que pas forcément. Je ne prétends pas ici en faire une liste exhaustive, mais plutôt parcourir quelques grands thèmes.

 

La capacité à trouver des motifs

Les séquences qui se répètent existent tout autour de nous, sous des formes innombrables. Cela peut être le comportement d’un animal lié à la météo. Cela peut être une séquence de notes ou un enchaînement d’accords dans des compositions musicales qui n’ont pourtant rien à voir. Un ressort narratif ré-utilisé d’un roman à l’autre. Des détails sur un carrelage qui révèlent que plutôt que d’être tous uniques, il n’existe en fait que six modèles de carreaux subtilement différents. Les possibilités sont infinies.

Les autistes sont souvent particulièrement sensibles aux motifs, une notion qui mériterait un article à elle toute seule aussi je ne creuserai pas trop le pourquoi du comment ici. Bien que tous les aspects de la réalité peuvent contenir des motifs, la majorité des situations qui exploitent la capacité à reconnaître ces motifs en impliquent des visuels. A partir de là, il est logique que les autistes soient surtout reconnus pour leur capacité à identifier les séquences visuelles.

 

La tendance à partir du détail vers le tout

Beaucoup d’autistes voient les constituants avant de voir l’ensemble. Cela peut vouloir dire que nous avons besoin de penser un projet étape par étape avant de pouvoir nous concentrer sur sa finalité, d’examiner les éléments qui constituent un raisonnement avant d’atteindre sa conclusion, etc. Pour nous le processus est important précisément parce que sans lui nous ne pouvons pas atteindre le résultat.  Si on prend l’exemple classique de « l’arbre qui cache la forêt », beaucoup d’autistes commencent par voir l’arbre, puis l’arbre d’à côté, de là ils passent au troisième arbre – et c’est leur capacité à identifier les séquences qui leur permet d’affirmer qu’ils sont face à une forêt.

Cette idée de construction d’un raisonnement étape par étape, avec un niveau de globalité croissant et des inférences faites sur base de données multiples, est très logique au sens strict du terme, très structuré. Ce type de pensée est associé à de bonnes aptitudes spatiales[2], ce qui va souvent de pair avec des bonnes aptitudes de visualisation – mais pas forcément. Par raccourci, il est tentant de croire que « pensée basée sur le détail » égale « pensée visuelle », mais ce n’est que cela : un raccourci.

 

La difficulté à maîtriser le langage

Pour bon nombre d’entre nous, il est difficile de comprendre du premier coup une liste d’instructions données à l’oral, et parfois même les instructions écrites peuvent nous paraître obscures ou difficiles d’accès. Comme une image vaut mille mots, il est courant de contourner ces problèmes potentiels avec des explications visuelles : graphiques, schémas et illustrations permettent en général de faire passer des informations de manière simple et efficace. Ceci est vrai quel que soit le neurotype : panneaux de signalisation, consignes dans certains lieux[3], notices de montage Ikea, etc., communiquer avec des visuels fonctionne tout simplement bien. C’est une manière simple de faire passer un message à tout un chacun, quels que soient sa langue et niveau de maîtrise de la langue.

La dérivée de cela est en revanche qu’on peut en venir à penser que les autistes perçoivent mieux les informations sous forme de schémas ou de visuels. Ce n’est pas tout à fait correct : nous sommes simplement plus susceptibles d’avoir des problèmes avec la langue parlée ou écrite.

 

L’hypersensibilité sensorielle

Nombreux sont ceux qui parmi nous ont du mal à gérer les inputs sensoriels au moins d’un certain type. Comme les humains ne possèdent pas trois mille sens non plus, la probabilité que l’un des stimulus que nous ne parvenons pas à bien gérer soit le visuel est pas mal élevée. Face à quelqu’un qui a besoin de ses lunettes de soleil comme si sa vie en dépendait, qui ne supporte pas certaines associations de couleurs ou qui évite certains magasins parce que l’éclairage y est insoutenable[4], on peut être tenté de supposer que cette personne dépend énormément de ses inputs visuels et donc que cela donne forme à son monde intérieur. Mais ce n’est pas automatiquement le cas.

 

Conclusion

Bref, oui, certains d’entre nous pensent de manière visuelle et certains d’entre nous ont de bonnes aptitudes spatiales. Plusieurs de nos spécificités peuvent venir renforcer cette impression que pour nous, l’image et le visuel sont les éléments fondamentaux de notre approche du monde. Ce n’est néanmoins pas toujours le cas, puisque les autistes ne sont pas tous les abeilles d’une même ruche.

 

Mon lecteur pense-t-il en images ? Où en sont ses aptitudes spatiales ? Est-il, comme moi, vraiment pas visuel du tout et un peu perplexe d’être passé à côté de ce monument de l’autisme ? Laissez-nous un message en commentaire !

 

[1]Info intéressante : cette étude (https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/03010066211042186) suggère qu’une majorité de personnes aphantasiques ont aussi des problèmes de visualisation d’autres inputs sensoriels. Par exemple, une personne qui aurait du mal à recréer en esprit le toucher d’un tissu ou l’odeur d’une herbe aromatique.

[2]Avoir « un compas dans l’oeil », être bon pour estimer les distances ou les trajectoires, pour déterminer quelle pièce s’emboîte dans quelle autre, tout ceci dépend des aptitudes spatiales, et ces aptitudes sont en général prédictives de bonnes aptitudes arithmétiques et généralement logiques. Bien qu’on ne sache pas pourquoi, les cerveaux ont l’air d’utiliser les mêmes zones pour faire des créneaux, résoudre des équations et construire un argumentaire. Quels fainéants, pas vrai ?
https://link.springer.com/article/10.3758/s13423-021-02012-w

[3]L’interdiction de porter des chaussures dans certaines zones de la piscine, par exemple.

[4]Si quelqu’un veut mettre dans son programme politique l’interdiction des lampes fluorescentes, je suis prête à voter pour lui, je ne veux même pas savoir à quoi il se présente.


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