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Le retrait d’attention - Partie 2

- Julie BOUCHONVILLE

Le retrait d’attention - Partie 2

La semaine dernière, nous avions abordé la notion de retrait d’attention, dans quels cas elle est suggérée par la littérature spécialisée, ainsi que quelques obstacles qui s’opposent à sa mise en œuvre. Poursuivons sur notre lancée.

 

 - Les enfants, a fortiori autistes, ont du mal à gérer leurs émotions

 Se calmer quand on est triste, frustré ou en colère, c’est difficile. Des tas d’adultes n’y arrivent pas très bien. Pourtant, avec le retrait d’attention, nous attendons de nos enfants que dans une situation émotionnelle intense, cinq minutes au calme dans une pièce où ils n’avaient pas envie d’aller suffisent magiquement à les apaiser. J’ai envie de dire : d’où ?

 

 - Les autistes ont de la dysfonction exécutive

 

Il est très difficile pour les autistes de démarrer une tâche, de la planifier, de la mener à bien, de ne pas se laisser distraire, etc. C’est encore pire pour une tâche qui ne nous fait pas envie, par exemple laver nos cheveux, et encore-encore pire quand on est en train de faire autre chose de très fun. Typiquement : je suis en train de jouer à un jeu vidéo, c’est une activité immersive qui me donne énormément de satisfaction et stimule tout mon cerveau, et on me dit que dans dix minutes je dois arrêter (alors que rien ne dit que j’aurai fini ma tâche en cours d’ici dix minutes) pour aller ranger ma chambre, un concept flou dont je sais à peine quand il est réussi. Résultat : je vais m’opposer.

 Lorsque je demande à des enfants de ranger leurs chambres, ou au sens large de faire quoi que ce soit de pas très amusant, j’essaye toujours de respecter les paramètres suivants :

- Je participe à la tâche, ne serait-ce que pour le principe

 - Je donne une condition de validation facile à comprendre (« Plus rien sur le sol à part les meubles », « plus rien sur les surfaces », « toutes les feuilles dans le composteur », « que l’évier soit entièrement vide », etc)

 - Je donne un timing, par exemple « vous pouvez le faire en une demi-heure, je vous mets un timer, si vous le respectez on se fait un chocolat chaud pour fêter ça »

 Enfin, notons aussi que la fonction exécutive est ce qui permet à une personne, lorsqu’elle essaye de résoudre un problème, de s’arrêter pour examiner sa méthode et corriger le tir si elle constate que cette méthode ne fonctionne pas.

 Or, comprendre que ce que l’on est en train de faire pour attirer l’attention d’un parent ne fonctionne pas parce que le parent nous ignore, et ainsi arrêter ce que l’on est en train de faire ? C’est exactement cela. C’est du domaine de la fonction exécutive. Le retrait d’attention a donc de base une moins bonne chance de fonctionner sur une personne autiste.

 

 

 - Il est difficile pour quiconque, face à un comportement incroyablement énervant, de rester neutre et calme

 Le retrait d’attention est censé se faire de manière très neutre. S’il faut physiquement amener l’enfant dans sa chambre, un enfant qui à ce stade est sans doute en train de crier et de se débattre, on doit le faire avec douceur et fermeté, sans le blesser ni le traiter avec plus de rudesse que d’ordinaire.

 Je mets quiconque au défi d’être dans l’état émotionnel d’un adulte qui vient de se taper quinze minutes d’opposition et d’agacement, face à un enfant qui hurle et potentiellement vous met des coups de pieds, de s’exprimer de manière neutre et posée et de manipuler ledit enfant avec une douceur ferme.

 Dans la majorité des cas, ce retrait d’attention sera en fait un moment de rudesse physique et verbale pour l’enfant, qui n’aura fait qu’augmenter son désarroi émotionnel, suivi d’une période où on l’ignore alors qu’il aimerait du réconfort.

Ajoutons à cela l’idée que le retrait d’attention est censé être très court : à peu près une minute par année d’âge de l’enfant. Passé ce délai, on est censé vérifier si l’enfant se calme et si ce n’est pas le cas, attendre une nouvelle fois le temps préconisé, etc.

 Dans les faits, le plus souvent on va laisser un enfant seul bien plus longtemps que cela (« Je l’entends toujours crier, clairement elle n’est pas calme »), ou les visites régulières d’un parent encore énervé et donc pas exactement aimant et plein de compassion vont réactiver les émotions négatives et on sera reparti pour un tour.

J’invite mon lecteur à une expérience de pensées. Elle ne sera pas agréable, mais je pense qu’elle en vaut la peine.

 Vous avez eu une longue journée de boulot qui vous a agacé par-delà les mots, vous avez soif, et en rentrant vous constatez que votre partenaire n’a non seulement pas fait les courses comme il l’avait promis, mais qu’il a en plus utilisé votre ordinateur perso en mangeant des chips et qu’il a mis des miettes entre les touches du clavier. Désormais, il est sur son vélo elliptique en train d’écouter un podcast et ne vous grogne qu’un vague salut lorsque vous rentrez. La maison est mal rangée. Hors de vous, les larmes aux yeux, vous lui balancez que son manque de respect est inacceptable et que putain, si c’est pour vivre comme ça, vous préféreriez vivre seul.

 NB : c’est ce que vous dites. Ce que vous pensez au fond du fond c’est quelque chose comme « j’ai l’impression de faire de mon mieux pour notre équipe et toi pas du tout, je ne me sens pas respecté, j’aurais voulu que tu fasses non seulement les courses mais aussi à dîner comme je t’avais prévenu que j’avais eu une journée de merde, mais à la limite un long câlin aurait aussi fait l’affaire ».

Votre partenaire vous dit mollement de vous calmer et que ce n’est pas si grave. Vous insistez : votre indignation est quand même raisonnable ! Vous savez que si vous n’aviez pas eu une journée abjecte vous pourriez sans doute être plus philosophe vis à vis de l’état du salon, mais pas ce soir.

 Votre partenaire s’agace alors, vous saisit par le bras et vous amène, en vous traînant à moitié, jusqu’à votre chambre, et vous ordonne d’y rester jusqu’à ce que vous soyez calme. Il est furieux et vous en veut. Et dans la foulée, il vous arrache votre portable des mains et s’en va dans le salon en claquant la porte de votre chambre. Vous rugissez de colère : comment ose-t-il enfreindre votre autonomie ?! Comment ose-t-il vous planter là plutôt que de parler ?!

Vous frappez du poing dans le mur et ne réussissez qu’à vous faire mal, vous hurlez, vous pleurez de rage. Vous envisagez brièvement de partir purement et simplement de la maison, ne serait-ce que pour une heure ou deux, mais vous n’avez ni clef ni mode de déplacement, et votre partenaire a toujours votre portable.

Après quatre minutes, il revient et vous demande si vous vous êtes calmé. Pas d’excuse, pas de câlin, pas de présence amicale ou réconfortante.

Lecteur, je vous le demande : est-ce que ce n’est pas le moment où vous commenceriez à envisager la rupture, si pas le meurtre conjugal ?

Dans quel monde ferait-on à nos enfants ce qu’on refuserait qu’on nous fasse ?

 

Conclusion

 

Si mon lecteur se trouve dans la situation où c’est le retrait ou autre chose de pire, alors oui, le retrait d’attention est un bon plan. Au cours de mes quinze années d’expérience dans le domaine de l’enfance et de la petite enfance, je n’ai jamais trouvé d’autre moment où cette méthode vaille la peine.

 

 

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