Qu’est-ce que l’autostimulation chez la personne autiste ?

- Julie BOUCHONVILLE

Qu’est-ce que l’autostimulation chez la personne autiste ?

Mon lecteur se demande peut-être pourquoi son proche autiste, ou lui-même, a tendance à faire des mouvements répétitifs, observer des éclats de lumière pendant de longues périodes, ou ne pouvoir accomplir ses actions du quotidien qu’avec un accompagnement musical soigneusement sélectionné.

 

Certains de ces comportements sont d’une grande banalité, comme tapoter les doigts sur une table quand on est impatient, et d’autres sont plus étranges, par exemple chanter très fort en public ou secouer les mains d’une manière qui semble irrépressible.

 

De quoi s’agit-il, et est-ce un problème ?

 

Définition et fonction

Un comportement d’autostimulation, ou « stim » pour faire court, c’est un procédé où la personne s’amène une stimulation sensorielle. Le canal sensoriel en question peut être variable : visuel, sonore, proprioceptif… Parfois plusieurs à la fois.

Son objectif, plus ou moins conscientisé, est la régulation des états internes : apaiser l’agitation et divertir l’ennui. [1]

 

Est-ce que tous les autistes ont des stims ?

Probablement, parce que tous les humains en ont dans une certaine mesure.

Danser ou remuer quand on se sent plein d’énergie, aller se promener pour se vider la tête, manger pour s’occuper, réfléchir en manipulant un objet ou jouer avec ses cheveux quand on est mal à l’aise sont autant de stims acceptables, que tous les humains peuvent pratiquer de manière plus ou moins régulière.

 

Les stims des personnes qui ont un TSA sont néanmoins plus « célèbres », peut-être parce qu’ils peuvent être plus visibles, les personnes autistes ne percevant pas toutes l’intérêt de sembler « normales » en public, peut-être aussi parce qu’ils sont plus fréquents, notre autorégulation émotionnelle étant pour certains plus dépendante de cette stratégie en particulier.

 

Est-ce qu’il faut limiter l’autostimulation ?

En un mot, non. Ces comportements sont régulateurs ; ils apportent du bien-être et du soulagement à la personne qui les pratique.

Bien qu’ils fassent partie des critères de diagnostic du TSA — et donc, on pourrait le concevoir ainsi, des symptômes —, mentionnés sous le concept de comportements stéréotypés ou de stéréotypies, il ne s’agit pas de quelque chose à contrôler, sauf dans certains cas précis.

 

Cas limites

Si les stims d’une personne sont destructeurs et peuvent mener a des plaies, par exemple se gratter, se cogner contre une surface dure ou se mordre, il est pertinent de rediriger le comportement vers une variation moins dommageable, pourquoi pas en utilisant un outil à manipuler (stim toy).

 

De même, un stim qui pourrait être apparenté à de l’exhibition sexuelle, comme la masturbation, devrait être limité à certaines circonstances uniquement et redirigé sur autre chose lorsque la personne est en dehors de sa zone d’activité intime.

 

En dehors de ces situations, il est rarement pertinent de vouloir transformer un stim, et jamais de l’empêcher totalement.

 

L’indice de l’autostimulation

On peut noter, en revanche, que si une personne utilise beaucoup ce comportement autorégulateur, c’est peut-être que l’environnement n’est pas arrangé de manière optimale pour elle. Plutôt que de chercher à limiter le comportement qui amène du confort, on peut chercher à investiguer et modifier le contexte qui l’a fait naître, et ainsi proposer un contexte plus agréable et approprié.

 

Quels stims mon lecteur utilise-t-il ? Sont-ils différents selon les périodes, ou stables ? Aime-t-il utiliser des objets en particulier ? Dites-nous tout !



[1]Le terme d’ennui est un raccourci ; la sous-stimulation est un état proche mais pas identique, où la personne a la sensation qu’il ne se passe « pas assez de choses » pour être totalement à l’aise. Cela peut se traduire par exemple par de l’ennui effectif, ou la sensation qu’une pièce est « trop calme », ou que la personne « a besoin de marcher pour mieux réfléchir ».

 

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


2 Kommentare
  • J’ai une petite fille de 3ans qui se met à hurler sans raison apparente; par exemple elle a fini de déjeuner et sa mère a mis son assiette au lave vaisselle.Elle s’est mise à hurler, rien ne pouvait la calmer et elle était incapable de nous entendre.
    Ces crises sont récurrentes.Cela peut il faire partie des « stim »?

    IBRAM am
  • Bonjour,

    J’ai rigolé en voyant l’image parce que je me tapote exactement la même dent.
    Les gens qui font tout trembler en se secouant la gens sont vraiment pénibles. Et certainement pas tous “bizarres”.

    J’aime bien observer les mains et les épaules des gens dans la rue pour voir leur position et leur stim. C’est toujours intéressant pour savoir si la personne en face est mal à l’aise, ou si une personne dans la rue a besoin de plus d’espace.
    C’est assez fou que les gens ne regardent pas simplement les épaules et les mains des autres pour savoir comment interagir.

    Je serais curieux de savoir à quel point toutes ces émotions sont retranscrites sur le visage. Un ami me dit souvent que la zone des yeux fait passer pleins d’expressions.
    C’est amusant de se dire que les gens cherchent des indices différents, à des endroits différents.

    Athi am

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