Comment se sentir à sa place : partie 4

- Julie BOUCHONVILLE

Comment se sentir à sa place : partie 4

Ces dernières semaines, nous avons abordé le sujet de l’appartenance, et de comment l’on peut se sentir à sa place. À de nombreuses reprises, je suis revenue sur les aspects sociaux de cette connexion : être à sa place, c’est souvent l’être parmi des gens.

Mais créer des connexions sincères est une tâche complexe, a fortiori pour une personne au neurotype minoritaire. Comment, dès lors, se débrouiller pour non seulement apprendre à connaître des gens, mais encore bien à les connaître au point que l’on se sente à sa place parmi ceux-ci ? Ce sera notre sujet pour les deux derniers articles de cette série.

 

La vulnérabilité

Désirer créer une connexion, proposer un contact, parler de soi, montrer son intérêt pour un tiers, accepter de prendre de la place, de libérer du temps, exprimer des ressentis, se montrer maladroit… Tout cela implique de la vulnérabilité. C’est pénible, c’est complexe, et l’on ne peut pas s’en passer si l’objectif est une relation sincère. Sans vulnérabilité, tous nos rapports se limitent à des variations de « je peux avoir fini cette tâche d’ici une heure » ou « oulala il y a du vent aujourd’hui ». 

Admettre que l’on a envie de passer du temps avec quelqu’un, désirer faire partie de sa vie et lui montrer un peu de la sienne sont des phénomènes plus ou moins mortifiants, selon la sensibilité du curseur de chacun, qui impliquent dans tous les cas une forme de mise à nu et une certaine tolérance au malaise. La bonne nouvelle est que c’est vrai pour tout le monde ; mon lecteur peut donc se rassurer en sachant que ce n’est pas juste lui qui a un problème. 

Je ne connais pas de méthode pour contourner la vulnérabilité ou la rendre plus confortable ; à ma connaissance, on ne peut que s’y habituer et, peut-être, s’en servir comme d’un indice qui rassure que l’on est sur la bonne voie.

 

Les badineries et le TSA

Les badineries (le small talk pour les anglophones) semblent à l’inverse de la vulnérabilité, et en sens c’est correct, mais ils en sont aussi le précurseur. Beaucoup de personnes autistes sont agacées par ces types de conversation très légers, qui peuvent donner la sensation que l'on parle pour ne rien dire. Plutôt qu’un sujet précis, une badinerie fait plutôt référence à la profondeur de la conversation : on peut donner brièvement son avis sur un podcast (« j’aime bien le ton de la présentatrice et j’apprends toujours quelque chose de neuf ! »), ce qui constitue une badinerie, comme on peut aller en profondeur dans le sujet (« la qualité de la production me parle beaucoup ; regarde comment le découpage des extraits audios est fait, on a une sensation d’abondance et d’énergie qui vient du rythme, mais sans être surchargé d’informations, si tu compares avec cet extrait antérieur, on voit que la productrice avait déjà de bonnes idées, mais qu’elle les mettait en pratique avec moins de justesse, par exemple ici on a […] »).

 

Badiner est utile parce que cela permet de montrer comment on utilise la conversation et à quoi on ressemble quand on discute. Cela permet également de toucher plusieurs sujets en peu de temps, et de déterminer l’opinion superficielle d’une personne sur ces différents sujets. Bien sûr, en creusant, les gens auront des avis plus nuancés que ce qu’ils ont laissé paraître dans un échange superficiel, mais cela permet de se faire un ordre d’idée et de donner un échantillon aux personnes autour. En ce sens, les badineries sont le précurseur sans lequel on aurait plus de mal à approfondir les relations.

 

Pour mon lecteur qui aurait du mal à rester à la surface des sujets, il est à noter que rien n’empêche de le mentionner. Un sourire et une plaisanterie de type « Je vois que je m’emballe, j’adore parler de ce sujet, mais si je me lance, je vais parler longtemps ! » avant de rediriger la conversation (« dis-moi plutôt ce que toi tu penses de la cuisine polonaise ! ») font en général très bien l’affaire.

 

Deux mots sur l’empathie

Une relation sincère implique de s’intéresser pour de vrai à ce que la personne en face pense et ressent. Pas pour le contrôler, ou pour marquer des points en se faisant aimer[1], mais parce qu’on l’apprécie. L’empathie n’est pas une aptitude magique qui ferait que l’on devinerait ce qui se passe dans la tête des gens ; c’est une curiosité et, avec la force de l’habitude, une certaine capacité à prédire des réactions[2].
Mon lecteur sait peut-être que je ne suis pas partisan de la théorie selon laquelle les personnes autistes sont incapables d’empathie. Je soupçonne que souvent, si quelque chose nous manque, c’est plutôt l’entraînement, et l’espace où le faire avec grâce. Faire preuve d’empathie, ce n’est pas plus compliqué que se demander « comment moi je me sentirais à la place de Kiwi ? » ou « Fraise n’a rien bu depuis un moment, je vais lui proposer un autre verre d’eau », et poser des questions comme : 

« Comment tu t’es senti à ce moment-là ? Moi j’aurais eu peur ! »

« J’aimerais bien t’aider, de quoi tu as besoin là tout de suite ? »

« Tu veux qu’on réfléchisse à une solution ensemble ? »

 

L’empathie n’est pas toute-puissante, et il est acceptable de poser des questions quand on est perplexe et qu’on veut bien faire. Plus qu’une capacité à savoir ce qui se passe dans l’esprit et les émotions des gens, j’encourage mon lecteur à résumer l’empathie à cette volonté que les autres se sentent bien dans l’instant présent, tout en respectant leur autonomie[3].

 

La semaine prochaine, nous conclurons cette série avec la fin de cet article.



[1]L’approche du « hack » de la relation, pratiquée par certains, où comme dans un jeu vidéo, une combinaison de phrases ou de comportements permettrait de débloquer une fonctionnalité inaccessible autrement.

 

[2]De type « en général, Clémentine réagit de telle manière aux compliments, donc il est cohérent de supposer qu’elle va aussi réagir de la manière habituelle aujourd’hui face à mon compliment. »

 

[3]Cette notion d’autonomie est importante pour amener un équilibre : je ne veux pas forcer mon proche à se sentir bien, ce serait ignorer sa propre autodétermination, mais je ne veux pas non plus le laisser en rade si je peux, par une action simple, améliorer son moment. Il y a donc un équilibre où l’on fait ce qui est possible, sans excès.

 

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


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