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L’art d’être ami avec une personne autiste - Partie 2

- Julie BOUCHONVILLE

L’art d’être ami avec une personne autiste - Partie 2

La semaine dernière, nous avons commencé à nous interroger ce qui fait un bon ami pour une personne autiste. Cette semaine, poursuivons notre exploration, en commençant par ce qu’il ne convient pas de faire lorsqu’on tente d’expliquer à un autiste pourquoi sa remarque était inappropriée.

 

Exemple d’une explication ratée

Noisette : Tu as rendu Untel triste tout à l’heure quand tu lui as dit que sa coiffure ne lui allait pas.

Ananas : Ah bon ? Mais c’était vrai. Toi non plus, tu ne pensais pas que ça lui allait.

Noisette : Non, mais je ne lui ai pas dit !

Ananas : Il ne vaut pas mieux lui dire ? Comme ça il ne se coiffe plus comme ça ?

Noisette : Non, c’est insultant !

Ananas : Je ne peux jamais dire aux gens qu’ils sont mal coiffés alors ?

Noisette : Si, parfois, mais… Oh, laisse tomber, ne commente jamais les cheveux des gens, d’accord ?

Ananas : Même pas s’ils me demandent mon avis ?

Noisette : Non. Enfin, sauf s’ils te demandent sincèrement, mais… Non, non, oublie ce que je viens de dire. Ne donne jamais ton avis sur le physique des gens, au sens large.

Ananas : Même pas en réponse à une question comme « est-ce que j’ai grossi ? » ou « est-ce que j’ai un truc entre les dents ? » ?

Noisette : Non mais tu vois bien la différence entre les deux, c’est pas pareil.

Ananas : Ah non ? Je ne comprends pas.

Noisette : Laisse tomber.

 

 

Une bonne explication explique le pourquoi de la réaction négative (quitte à ce que cela se résume à « ce sujet met les gens mal à l’aise, je ne sais pas trop pourquoi, mais crois-moi, ce sujet précis est déplaisant pour la plupart des gens »), détaille le contexte précis de la remarque qui a amené au malaise, et essaye de donner un cadre dans lequel cette remarque aurait pu être mieux reçue. Elle part du principe que la personne autiste a fait une erreur honnête plutôt que se montrer volontairement blessante, et laisse cette personne poser ses questions.

Enfin, s’il faut avoir recours au « parce que c’est comme ça », plutôt que se poser en autorité qui applique et défend la règle (« il faut que tu vouvoies les gens et c’est comme ça, et si tu ne le fais pas, c’est méchant/mal/impoli/affreux »), on peut rassurer la personne autiste en se présentant comme au même niveau qu’elle face à cette règle (« je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi moi non plus, je suis d’accord avec toi que ce serait mieux si personne ne le faisait, mais on ne va pas changer le comportement de toute une société à deux, alors il faut qu’on accepte toi et moi que dans tel contexte, on doit faire X, sinon les gens le prennent mal »).

Notons qu’une personne autiste peut se braquer si quelque chose ne lui paraît pas logique. Dans ce cas, se braquer en réponse n’est pas la bonne solution. Le mieux est d’admettre que non, tout n’est pas logique, mais que ce soit cohérent ou non, certaines choses nous font nous sentir mal, et il est pertinent d’éviter de causer du mal-être aux autres.

 

Il est acceptable de poser des limites à ceux que nous aimons

Ces limites peuvent prendre une multitude de formes. Le plus souvent, il s’agit du temps qu’une personne est prête à allouer à la socialisation chaque semaine, des dépenses monétaires qu’elle peut se permettre, et des comportements qu’elle choisit ou non de tolérer[1].

Quel que soit notre neurotype, nous avons tous et toutes des limites que nous ne souhaitons pas franchir parce qu’elles sont les garantes de notre bien-être, et en tant qu’amis, nous devons respecter celles des autres, quand bien même elles nous paraîtraient étranges, difficiles à comprendre ou peu pertinentes. Si la relation est assez intime, on peut demander à un tiers pourquoi l’une de ses limites existe, mais la remettre en question est presque toujours impoli. J’encourage mon lecteur à communiquer avec clarté à ce sujet, et à écouter ce qui lui est transmis en retour. Un bon ami doit pouvoir comprendre une limite, et une relation exigeant de nous que nous ignorions nos propres besoins est toujours vouée à l’échec.

 

Faire preuve de patience envers les personnes autistes

Pour beaucoup d’entre nous, les choses qui paraissent simples aux neurotypiques peuvent s’avérer compliquées. Nous dépendons de routines parfois rigides, nous sommes notoirement mauvais lorsqu’il s’agit d’improviser le déroulé d’une journée, nos besoins sensoriels peuvent nous compliquer la vie, et en cas d’imprévu, il nous faut plus longtemps qu’à la personne lambda pour repartir du bon pied.

Être ami avec une personne autiste, c’est aussi savoir, comme je ne doute pas que ce soit le cas de mon lecteur, que nous ne le faisons pas exprès lorsque nous semblons pénibles, sensibles ou compliqués, et que si nous pouvions nous simplifier la vie, nous le ferions bien volontiers. Nos difficultés avec le quotidien peuvent sembler lourdes à supporter pour un observateur externe. Je ne peux qu’abonder dans ce sens : elles le sont pour nous aussi. Nous faisons déjà de notre mieux, et nous apprécions la patience dont nos proches font preuve lorsque nous leur demandons une énième fois de quitter un restaurant trop bruyant, de regarder le film décidé à l’avance, ou d’attendre pendant que nous expliquons au serveur quel croissant nous voulons, non, pas celui-là, oui, celui à droite, voilà, celui-là, merci.

 

Conclusion

Nous autres autistes apprécions les neurotypiques. Moi-même en compte plusieurs parmi mes amis. Leur absence d’intérêt spécifique, leur communication souvent peu sincère et leur vision périphérique inefficace sont parfois source d’incompréhension entre nous, et leur insistance à badiner ne manque jamais de me surprendre, mais j’ai pour eux beaucoup d’affection, aussi étranges soient-ils. Nous gagnons tous et toutes à nous confronter à des formes d’intelligence différentes des nôtres, quand bien même cela nécessiterait de parler de la météo de temps à autre. Par cet article, j’espère avoir planté quelques graines dont pourront germer de nouvelles collaborations ignorant la barrière des neurotypes.

 

[1]Une personne peut, par exemple, ne pas désirer se trouver dans une situation où on consomme de l’alcool si elle-même a un historique de troubles avec cette substance. Ou une personne peut décider de ne pas maintenir une relation s’il lui semble que les efforts faits pour entretenir cette relation ne sont pas équilibrés entre ses partis.


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