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La personne autiste et l’eau

- Julie BOUCHONVILLE

La personne autiste et l’eau

Les personnes autistes, surtout les enfants de moins de neuf ans, présentent un plus grand risque de noyade[1]. Bien sûr, il existe une corrélation entre l’autisme et l’épilepsie, qui augmente en elle-même le risque de noyades, et entre l’autisme et des troubles de l’apprentissage qui pourraient entraver une bonne assimilation des techniques de nage. Ceci étant dit, il semblerait que les personnes autistes soient vraiment plus susceptibles de se noyer. La raison ? Nous sommes attirés par l’eau.

 

La stimulation sensorielle des plans d’eau

Que l’on parle d’une piscine, privée ou publique, d’un cours d’eau, d’un étang, de la mer ou même d’une baignoire bien remplie, ceci reste vrai : l’eau est une incroyable source de stimulus. La lumière joue sur sa surface, elle a une odeur marquée sans être envahissante[2], on peut y passer la main pour ressentir sa texture, et les bruits d’eau allant du ressac au glouglou d’une fontaine sont universellement considérés comme agréables. Si l’on s’y immerge, c’est encore mieux, ce médium permettant d’évoluer en trois dimensions dans l’espace et procurant une pression agréable sur tout le corps. Enfant, je ne me lassais pas du calme extraordinaire qui existait lorsque je me laissais flotter entre deux eaux, immobile, les oreilles remplies du bruit constant et informe de l’eau.

Les personnes autistes qui n’aiment pas trop les stimulus vont souvent chercher à éviter de se mouiller, mais pour les autres, l’eau exerce un attrait difficile à résister, promettant le juste niveau de stimulation et pouvant fasciner pendant des heures.

 

Le danger de l’eau pour la personne autiste

Disons-le clairement : une personne autiste qui déciderait d’entrer dans l’eau, ou se pencherait au bord de l’eau, est surtout en danger si elle ne sait pas nager. D’autres facteurs peuvent jouer, comme le courant qui éloignerait un nageur de la rive ou le tirerait vers le fond[3], ou des situations de bousculade dans l’eau, par exemple à la piscine publique, où il n’est pas tout de suite évident que l’une des personnes a du mal à revenir à la surface. Mais même dans ces cas précis, avoir une certaine expérience de l’eau et être capable de garder la tête froide parce que l’on connaît ses propres capacités sera bénéfique, et ces aptitudes viennent avec l’apprentissage de la nage.

 

Le risque majeur va se présenter dans des situations où la personne autiste et son adulte de référence sont dans un contexte décontracté et riche en distraction. La personne autiste décide d’examiner un plan d’eau à sa portée et parvient à échapper à la vigilance de son adulte de référence. Cela peut-être à la plage, chez des amis qui possèdent une piscine dans leur jardin, au parc aquatique, etc. Il suffit d’un moment d’inattention, je ne doute pas que les parents qui nous lisent le savent mieux que moi, pour qu’une personne décidée à explorer ne quitte la pièce et s’aventure près de l’eau. J’ai conscience d’être en train d’énoncer une vérité simpliste, mais qu’à cela ne tienne : les autistes seront tentés de quitter un environnement ennuyeux ou trop bruyant, et ils seront tentés d’approcher des plans d’eaux. Si l'on place une personne autiste dans une situation où elle est motivée à allier ces deux comportements en un, elle le fera sans doute.

 

Profitons au passage de ce point sur les risques encourus pour rappeler que la digestion n’augmente pas le risque de noyades, mais qu’il est en revanche possible de souffrir d’un malaise vagal si le corps est très chaud et plongé dans une eau fraîche. D’où l’importance de s’asperger d’eau avant de s’immerger, plutôt que de plonger d’un coup si l’on vient de somnoler au soleil pendant un long moment[4].

Également, la « noyade sèche », phénomène au cours duquel une personne se noierait des heures après avoir bu la tasse, alors même qu’elle n’est plus en contact avec l’eau, est un mythe[5]. Il est possible que de l’eau inhalée ayant pénétré dans les poumons y déclenche une réaction inflammatoire, voire une infection, qui n’ont rien à voir avec une noyade, mais la plupart du temps, « boire la tasse » implique d’avaler de l’eau dans l’estomac, et si cela peut donner une sensation d’étranglement, il n’y a pas d’eau dans les voies respiratoires profondes pour autant. Une personne ayant bu la tasse, sortie de l’eau, ayant réussi à prendre son souffle et ne ressentant pas de douleur particulière, est hors de danger.[6]

Dans tous les cas, après un incident où une personne frôle la noyade ou ressent une vraie détresse sous l’eau, il est pertinent qu’elle fasse une pause et s’asseye au sec pendant une heure ou deux, le temps de se calmer et de pouvoir déterminer si elle se sent d’attaque pour retourner nager.

 

Comment se prémunir contre les risques ?

Je l’ai dit, en commençant par tâcher d’apprendre aux autistes, adultes comme enfants, à nager correctement. Même si une personne devait avoir des difficultés dans cet apprentissage, il me semble utile de la familiariser avec l’eau sous plusieurs formes (piscine, mais aussi eau libre si possible), afin qu’elle ne panique pas si un jour elle devait s’y retrouver sans que ce soit tout à fait prévu[7].

 

Ensuite, en repérant les dangers. Où sont les plans d’eau ? Quelle est leur profondeur ? Y a-t-il du courant ? Faut-il ouvrir une grille ou franchir une sorte de barrière pour y accéder ? Une surveillance est-elle mise en place ? Etc. Cela paraît évident, mais on ne réalise pas forcément qu’un lac qui se situerait à deux cents mètres de la zone où l’on pique-nique représente un risque. Deux cents mètres ne constituent toutefois que quelques minutes de marche, et même un enfant peut sans souci parcourir cette distance pour se rapprocher du plan d’eau qui l’a fasciné lorsqu’il est passé devant.

Troisièmement, en étant attentifs. Je n’accuse ici personne d’être inconscient des risques, mais je pense que nous avons tous et toutes connu des situations où nos parents nous « surveillaient » à la plage ou à la piscine, c’est-à-dire qu’ils lisaient un bouquin ou discutaient avec leurs amis, plus souvent que l’inverse armés d’un verre de vin[8]. Le passé étant un autre pays, je tâcherai de ne pas critiquer sa culture, mais il est possible de faire mieux que cela sans pour autant surveiller ses proches comme un faucon sa proie. Nous pouvons tenir à l'œil nos proches qui se baignent tout en écoutant un livre audio ou un podcast, en discutant avec un tiers ou en lisant un livre pas trop prenant[9]. Les activités qui ont tendance à absorber l’attention, en revanche, comme dormir, jouer à un jeu sur portable ou montrer à quelqu’un de quel bois on se chauffe aux raquettes de plage, sont à garder pour un moment où notre proche autiste ne sera ni dans l’eau, ni susceptible de s’y rendre[10].

Une solution utile peut être, si le proche autiste le vit bien, de lui proposer de porter un sac à dos-harnais : ces petits sacs se clipsent sur l’avant de la poitrine comme les sacs de rando afin de fournir un bon soutien, et ils sont accompagnés d’une longue bride de sécurité qu’un tiers peut tenir. Ainsi, la personne autiste peut se déplacer à son gré sans qu’il soit nécessaire de lui tenir la main, mais ne peut pas trop s’éloigner non plus. À proximité d’un plan d’eau, cela peut représenter une solution intermédiaire qui offre une certaine liberté à la personne autiste, tout en permettant à un tiers d’avoir un degré de contrôle[11].

 

Enfin, la dernière mesure pour pallier aux risques consiste en une bonne connaissance des gestes de premiers secours. Quand une personne tombe dans un plan d’eau, plusieurs situations peuvent émerger, allant de l’hypothermie[12] à l’arrêt respiratoire. Que faire dans ces cas multiples ? Comment réagir ? Avoir appris les gestes techniques et les comportements à adopter[13] peut faire toute la différence entre un accident malencontreux et un drame.

 

L’eau n’est pas l’antéchrist

Si tout cet article s’est attelé à souligner les dangers que représentent les plans d’eau, il me faut néanmoins rappeler qu’en soi, l’eau est un élément neutre, et que si une personne autiste ressent de la joie à son contact, il ne faut pas l’en priver. Si mon lecteur devait craindre la proximité des grands plans d’eau, il est tout à fait possible de nous emmener visiter des aquariums, endroits généralement calmes et frais où personne ne bronche si quelqu’un reste assis, le nez contre une paroi, pendant quelques heures. De même, nous pouvons ressentir une immense satisfaction sensorielle rien qu’en manipulant de l’eau dans une bassine ou un seau, ou en trempant dans une baignoire très remplie avec un masque de plongée[14].

 

Bref, si notre inclination naturelle à nous jeter dans l’eau peut s’avérer dangereuse, c’est aussi pour nous une source de satisfaction, et potentiellement, un moyen de nous occuper à moindres frais des après-midis entières. Gardez juste un œil sur nous, chers adultes de références, au cas où nos plus vieux instincts de créatures aquatiques reprendraient le dessus, et où notre enthousiasme dépasserait nos capacités.

 

 

[1]https://www.royallifesaving.com.au/stay-safe-active/risk-factors/autism-spectrum-disorder-and-drowning

[2]Quoique, les piscines chlorées sont très agressives pour l’odorat.

[3]Ceci est possible dans les rivières/fleuves.

[4]Ce qui peut arriver quand on digère, d’où, j’imagine, la persistance du mythe.

[5]https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/alors-voila/alors-voila-de-baptiste-beaulieu-du-lundi-05-septembre-2022-4045072

[6]Si la personne a en revanche du mal à reprendre son souffle, continue de tousser (même peu), est prise de nausées et/ou manifeste un état mental altéré, il est important de contacter les secours rapidement.

[7]La panique ou, plus précisément, le fait de s’agiter de manière désordonnée peut contribuer à la noyade. Même si l’on ne sait pas nager, si l’on parvient à rester calme et juste se maintenir dans l’eau, on a une bien meilleure chance de trouver de l’aide avant de s’épuiser.

[8]Ne parlons même pas des parents qui faisaient la sieste, ou de ceux qui laissaient un frère ou une sœur à peine plus âgée en charge des plus petits et quittaient proprement les lieux.

[9]Si on peut lever le nez à chaque page, parfait. S’il faut finir le chapitre en apnée, ce n’est pas le moment.

[10]Je sais que j’enfonce une porte ouverte et que tous les parents savent qu’ils doivent surveiller leurs enfants, a fortiori les parents d’enfants autistes, mais ce qui mérite d’être dit mérite d’être répété. Il y a bien des gardes autour des bassins lors des épreuves olympiques, après tout, parce que même quelqu’un qui passe plus de temps dans l’eau que sur la terre ferme peut avoir un incident, et qu’il suffit d’une fois.

[11]Certaines personnes trouvent ces systèmes indignes, car ils évoquent une laisse. Je pense personnellement que ce n’est pas une bonne comparaison, les chiens n’ayant pas la possibilité de détacher eux-mêmes leur laisse, là où un humain peut toujours facilement ôter son sac harnais. Bien sûr, chacun est libre de choisir d’utiliser ces sacs ou non.

[12]Qui touche même les nageurs expérimentés, pour peu que les conditions s’y prêtent.

[13]Il est possible de chercher des formations aux premiers secours par région sur cette page : https://www.croix-rouge.fr/Je-me-forme/Particuliers/Catalogue-national-de-formation-au-PSC1 Notons que la Croix-Rouge n’est pas le seul organisme en France proposant des formations de ce type.

[14]Astuce : si mon lecteur n’a jamais testé, qu’il se remplisse cet été une baignoire d’eau pas trop chaude et y jette le contenu d’un tube d’aspirine avant de s’y glisser. L’eau effervescente est très agréable, et c’est sans doute un placebo, mais je jurerais que le tout fonctionne miraculeusement contre les muscles endoloris.


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