Autisme et conduite

Publié par Martin Seo le

Autisme et conduite

Beaucoup d’autistes sont incapables de conduire un véhicule. Et beaucoup d’autistes sont d’excellents conducteurs. Que mon lecteur soit le proche d’une personne autiste se demandant s’il devra lui servir de chauffeur jusqu’à la fin de ses jours ou une personne autiste se demandant si ça vaut la peine d’essayer de passer son code, je vais tâcher ici de lui apporter quelques réponses.

 

Pourquoi conduire est difficile

Quel que soit le véhicule choisi, la conduite est difficile pour les autistes en raison de plusieurs facteurs. C’est un exercice complexe qui nécessite de pouvoir réaliser plusieurs tâches à la fois, d’en automatiser certaines, d’être attentif à tout un tas d’éléments de l’environnement et de bien maîtriser ses fonctions exécutives, entre autres afin de pouvoir déterminer quelles données sont utiles et lesquelles ne sont que du bruit de fond. Il faut également pouvoir se repérer un minimum dans l’espace, tant pour ne pas se perdre que pour comprendre les trajectoires à emprunter et prévoir celles des autres usagers de la route. Beaucoup d’autistes ont du mal avec toutes ces aptitudes.

C’est aussi un moment riche en stimulus (bruits, sensations tactiles, odeurs, …), ce qui peut être très perturbant.

Enfin, la tendance des autistes à suivre à la lettre les règles utiles fait que nous avons souvent beaucoup de mal à passer outre le comportement d’un autre utilisateur de la route qui ne serait pas aussi strict, voire à anticiper que quelqu’un puisse griller un feu rouge ou traverser sans regarder[1].

 

Passer le permis, un effort herculéen

Avant même d’envisager de conduire un véhicule plus intéressant que le vélo, la personne autiste va devoir passer le permis. C’est, bien souvent, le début des ennuis.

De nombreux autistes souffrent d’anxiété, ce qui n’aide pas, et peuvent avoir besoin de plus de temps pour maîtriser certains gestes ou séquences de gestes. Le fait de se trouver dans une voiture inconnue, à proximité d’une personne inconnue, peut ajouter au stress. D’avoir un instructeur qui minimise l’anxiété de ses élèves et adopte une attitude de type « il suffit de se relaxer ! » est souvent la cerise sur un gâteau pas terrible. On comprend comment, très vite, les leçons de conduite peuvent s’avérer terrifiantes – et je ne parle même pas encore de l’examen.

Mentionner que l’on est autiste lors de son inscription à l’auto-école peut parfois aider, mais parfois produire l’effet inverse si on se retrouve face à des instructeurs ayant des préjugés ou à une administration frileuse. J’ai moi-même eu l’expérience de tenter de m’inscrire dans une auto-école, pour m’entendre répondre que ce serait impossible sans mot de mon médecin expliquant que j’étais bel et bien capable de conduire. Dans la mesure où je n’en avais aucune idée, cherchant précisément à apprendre à conduire, cela n’a pas mené à grand-chose.

 

La progressivité

Je pense qu’il est pertinent de partir du principe que la plupart des autistes seront un jour capables de conduire, mais qu’il est important d’y aller progressivement. Pour beaucoup de neurotypiques, le code et une trentaine d’heures de formation vont suffire à ce qu’ils maîtrisent assez la conduite pour convaincre un instructeur. Grand bien leur fasse, mais pour une catégorie d’individus connus pour mal gérer l’imprévu, leur représentation de l’espace, le multi-tâche et les stimulus autour d’eux, on ne va pas se mettre la tête dans le sable, c’est sans doute un peu court.

 

Mieux vaut y aller plus en douceur, en commençant par exemple par distinguer tout ce qui concerne l’utilisation de la route (l’état de la chaussée, le suivi des trajectoires, la navigation, la signalisation routière, etc) du pilotage du véhicule, et à n’apprendre que l’un des deux à la fois. La première partie peut se faire à pieds, ou lorsque la personne autiste est à vélo[2] ou qu’elle est passagère d’une voiture.

Passer par le vélo peut être une étape intéressante : apprendre à rouler à vélo est notoirement plus simple que d’apprendre à conduire une voiture, il est possible de s’entraîner longuement sur des parkings ou dans des parcs avant de prendre la route pour de bon, et le vélo offre toujours, contrairement à la voiture, l’avantage que son utilisateur peut mettre pied à terre s’il se sent un peu dépassé. Dès que la personne maîtrise le vélo, il lui est possible de rouler avec les automobilistes et ainsi de gagner petit à petit en expérience. Ainsi, lorsqu’elle désirera passer son permis, la seule chose qu’elle devra réellement apprendre sera à conduire une voiture, et non pas à conduire une voiture et comment se comporter sur la route.

 

Je suis autiste et conduire me terrifie

Ça arrive, et dans la mesure où des tas de gens ont des accidents de voiture tous les jours, je dirais que ce n’est pas déraisonnable. Conduire peut être très difficile, et faire très peur. Oui, posséder son propre véhicule est bien sûr une source d’indépendance et de confiance en soi, mais selon les conditions dans lesquelles une personne vit, ce n’est pas forcément obligatoire.

Si une personne ne se sent pas prête à conduire une voiture ou à apprendre à conduire, il n’y a aucune honte à utiliser des méthodes de transport alternatives : transports en commun, vélo, scooter, cheval ou bonne vieille paire de pieds.

 

Dans l’éventualité où quelqu’un vivrait dans des circonstances où il est quasi-obligatoire de posséder une voiture mais que conduire la terrifie, je ne peux que suggérer d’apprendre de manière aussi progressive que possible, en renforçant toujours longuement ce qui est connu avant d’introduire de nouveaux éléments à maîtriser, mais aussi d’en toucher un mot au médecin traitant. Ce dernier pourra sans doute proposer des pistes afin d’aider la personne à gérer son anxiété.

 

Conclusion

Une personne autiste pourra-t-elle un jour conduire ? Ça dépend. De la personne, de son environnement, des circonstances dans lesquelles elle va apprendre. Il me semble une bonne idée de toujours partir du principe que oui, à terme, cela devrait être possible – ne serait-ce que parce qu’il vaut mieux partir gagnant que perdant.

Comme toujours, nous devons néanmoins garder à l’esprit qu’une personne incapable d’acquérir une aptitude, ou capable de l’acquérir mais décidant de ne pas s’en servir parce que cela est trop coûteux en énergie ou en santé mentale pour elle, n’est en rien inférieure à une personne ne rencontrant pas ces difficultés.

Promis, je ne dis pas juste ça pour que mes proches arrêtent de me demander quand je passe le permis.

 

N’hésitez pas à partager avec nous vos témoignages liés à ce sujet !

 

[1]J’aimerais ne pas avoir à l’admettre, mais je suis complètement le genre de personne qui crie aux piétons de « marcher sur les trottoirs, bon sang ! ».

[2]Si elle sait déjà faire du vélo avec aisance ; si elle est en train d’apprendre, on en revient au même problème.

Ces produits pourraient également vous intéresser !

← Article précédent Article suivant →