Autisme et trouble de l’attention : même combat ?

Publié par Martin Seo le

Autisme et trouble de l’attention : même combat ?

Quand on utilise comme votre serviteur la distinction neurotypique vs. neuroatypique, il peut être tentant de la voir comme un synonyme de normal vs. autiste. Rien n’est moins vrai, pourtant ! D’abord, il nous faut réaliser que ce terme n’a pas de réelle valeur scientifique : c’est juste un élément de vocabulaire pour éviter de devoir dire « personne qui a un cerveau normal »[1] et « personne qui a un cerveau bizarre ». Il a ses limites : comme on sait que l’autisme est un spectre et pas une caractéristique binaire, il est délicat d’utiliser un mot qui sépare ainsi le monde en deux catégories. Enfin, il nous faut réaliser que plusieurs groupes de personnes rentrent dans la vaste notion de « neuroatypie » : les autistes, bien sûr, mais aussi les personnes qui vivent avec un autre trouble du développement ou un trouble compulsif obsessionnel, les personnes schizophrènes et les personnes ayant un trouble de l’attention, pour ne citer qu’eux.

 

Et aujourd’hui, je propose à mon lecteur de nous pencher sur ces derniers : nos cousins à l’attention pas toujours très au point. Il existe de nombreux parallèles entre autisme et trouble de l’attention, et il est courant de voir des erreurs de diagnostic dans les deux sens – de même que de cumuler les deux.

 

Qu’est-ce que le trouble de l’attention ?

Le trouble déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité, correspond à un ensemble de symptômes qu’on range en général dans trois catégories :

- La catégorie du déficit d’attention, qui n’est pas tant un déficit pur et dur qu’une difficulté à se concentrer sur certains sujets[2], une difficulté à planifier et s’organiser, à changer de tâche, à en commencer de nouvelles ou à en effectuer plusieurs en même temps. Une tendance à la distraction, à l’oubli, et à l’évitement de certaines tâches déplaisantes est aussi notable.

- La catégorie de l’hyperactivité physique : ici on parle bien de l’aspect moteur des choses, la personne peut avoir du mal à rester assise, à se tenir immobile, à « rester sage ».

- La catégorie des comportements impulsifs : les difficultés à attendre, à supporter la frustration, les prises de décisions sans beaucoup de réflexion préalable, le besoin d’agir sans délai.

 

On notera aussi quelques tendances qui sont moins souvent mentionnées par les cliniciens mais pourtant mises en avant par les personnes vivant avec le trouble de l’attention : une mauvaise notion du temps qui passe, une tolérance très faible au rejet émotionnel, une mauvaise gestion du stress et un ressenti des émotions intense et rapide qui peut donner l’impression à l’entourage que la personne avec un trouble de l’attention est colérique ou a des sautes d’humeur.

 

Quel rapport entre autisme et trouble de l’attention ?

Entre la difficulté à planifier et à gérer le temps, les émotions intenses, la distraction, la capacité à plonger en apnée dans des sujets intéressants et l’impulsivité qui donne des conversations « sans filtre », on voit qu’au moins en surface, l’autisme et le trouble de l’attention sont proches.

Comme l’autisme, le trouble de l’attention peut passer sous le radar des spécialistes et même des premiers concernés : si l’image que la plupart des gens se font de l’autisme est un petit garçon blanc qui s’auto-stimule en se balançant, celle du trouble de l’attention est à peu près aussi stéréotypée. Le trouble de l’attention, bien qu’il ne soit pas toujours accompagné d’hyperactivité, y est souvent relié dans l’imagerie populaire, et quiconque parvient à tenir assis pendant une demi-heure est vite considéré comme « ne pouvant pas avoir un trouble de l’attention ».

Comme pour l’autisme là encore, lorsqu’une personne parvient à atteindre un certain standard dans une circonstance donnée – comme se concentrer sur un sujet qu’elle juge intéressant, ou rester organisée pendant quelques jours dans un environnement connu et maîtrisé – son entourage tant familial que médical aura tendance à considérer que cet état de compétence est sa norme et que ce sont les moments où ces standards ne sont pas atteints qui sont l’anomalie. En d’autres termes, si parfois la personne atteinte de trouble de l’attention parvient à fonctionner « normalement », on lui reprochera les fois où elle n’y arrive pas plutôt que de célébrer ces moments d’efficacité. Plus dommage encore, l’entourage pourra prendre ces moments d’efficacité comme « la preuve » que la personne est capable de certains accomplissements et que lorsqu’elle n’y arrive pas, ce n’est qu’une question de mauvaise volonté. Une fois de plus, c’est une situation familière de bien des autistes faisant des efforts pour paraître neurotypiques.

 

Passer sous le radar du diagnostic est d’autant plus ennuyeux pour les personnes avec un trouble de l’attention que, contrairement à l’autisme, des traitements existent et peuvent simplifier la vie de ceux qui les prennent de manière spectaculaire. Le risque de louper un diagnostic est d’autant plus grand si un autre existe déjà, dans la mesure où beaucoup de soignants ont tendance, lorsqu’un diagnostic neurologique est posé, à mettre absolument tout sur le compte dudit diagnostic sans forcément penser aux comorbidités[3]. L’autisme est pourtant souvent associé au trouble de l’attention : selon une étude de 2009[4], entre 30 % et 50 % des enfants autistes présentent des symptômes de trouble de l’attention. Comme on le voit, c’est loin d’être négligeable, et comme d’habitude il n’y a pas de raison de penser que les adultes sont mieux lotis[5]. Même sans aller jusqu’à un traitement médicamenteux, des traitements ou des accompagnements existent qui pourraient améliorer la qualité de vie de ces personnes.

 

Comment diagnostiquer un trouble de l’attention ?

Tout dépend, cher lecteur.

D’abord, quand faut-il s’inquiéter ? Plutôt que de tracer une limite arbitraire (« une personne souffre de trouble de l’attention si elle perd ses clefs plus de quatre fois par semaine »), le seuil à prendre en compte est ici à mon sens la qualité de vie. Une personne peut avoir mis en place des systèmes et des méthodes qui font que, bien qu’elle puisse avoir un trouble de l’attention, elle est fonctionnelle au quotidien et ne s’effondre pas d’épuisement toutes les deux semaines. Ces systèmes peuvent être aussi variés qu’on peut l’imaginer : des rappels sur le téléphone, un proche qui aide à gérer le quotidien, des alarmes accrochées à tous les objets importants pour éviter de les perdre, un système de récompenses pour quand on a effectué des tâches déplaisantes, de la méditation pour apprendre à gérer la frustration, … Nous ne sommes pas tous égaux face à l’organisation de notre quotidien, la planification de nos tâches et la gestion de nos émotions. Tant que quelqu’un y arrive à peu près, je ne jugerais pas pertinent de chercher à intervenir en impliquant une équipe médicale. Cette dernière ne va pas automatiquement accomplir de miracles et que le jeu n’en vaut donc pas automatiquement la chandelle[6].

 

Comme toujours, la qualité de vie est à mon sens la clef. Si mon lecteur réalise qu’il ne parvient pas, la plupart du temps, à se nourrir correctement parce que la gestion des courses et de la cuisine est trop complexe, si ses émotions sont ingérables, si ses oublis et son impulsivité ont des répercussions sérieuses sur sa vie personnelle ou professionnelle et qu’il est, de manière générale, dépassé ou mécontent de son quotidien, alors oui, il est intéressant de se poser les bonnes questions.

Certains tests existent en ligne, qui n’ont pas valeur de diagnostic mais qui peuvent au moins orienter dans la bonne direction. J’en mentionne un en fin d’article. Le but ici n’est pas juste de passer le test : j’encourage réellement mon lecteur, s’il pense être atteint d’un trouble de l’attention et que son quotidien est difficile à gérer, à en parler à son médecin traitant. Les médecins peuvent agir mais ils ne voient leurs patients que quelques dizaines de minutes à la fois : il est peut être utile d’insister et de lister les symptômes que l’on expérimente et comment ils impactent le quotidien, surtout si on a l’habitude d’utiliser du camouflage social pour avoir l’air d’une personne calme et organisée.

 

Quels genres de traitement existent pour le trouble de l’attention ?

Plusieurs options existent, selon le patient et ce dont il a besoin. Cela peut aller de l’aide médicamenteuse à la thérapie cognitive en passant par la relaxation ou des modifications environnementales. Dans tous les cas le but est d’améliorer la qualité de vie de la personne, et les résultats sont en général assez bons – avec la réserve que les stimulants utilisés dans le cadre d’un traitement médicamenteux ne fonctionnent pas toujours très bien chez les personnes autistes.

 

Conclusion

Les personnes ayant un trouble de l’attention vivent des situations similaires à celles des personnes autistes, et parfois elles sont même des personnes autistes. Si aucun de ces troubles n’est la fin du monde en lui-même, les deux peuvent compliquer la vie et c’est d’autant plus vrai pour les personnes qui cumulent. Il est possible d’intervenir auprès de la personne concernée et j’encourage mon lecteur, s’il pense que cela pourrait l’aider, à contacter son médecin traitant et lui en parler.

 

En attendant, j’encourage mon lecteur à boire un verre d’eau et aller prendre ses médicaments parce que, déficit d’attention ou pas, c’est le genre de détails qu’on oublie.

 

http://www.psychomedia.qc.ca/deficit-attention-hyperactivite/test-echelle-tdah-adulte

 

[1]Ce qui, d’un point de vue neurologique, n’a même pas beaucoup de sens : les cerveaux sont compliqués.

[2]Les personnes ayant un trouble de l’attention sont capables d’une concentration extrême, mais uniquement si le sujet les passionne. Dans le cas contraire, convaincre un cerveau profondément impulsif qu’il doit faire un effort ne marche juste pas.

[3]La comorbidité, malgré son nom menaçant, n’est que la tendance de deux troubles ou pathologies d’apparaître ensemble. Par exemple, l’anxiété est une comorbidité fréquente de l’autisme.

[4]https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24808851/

[5]Certaines personnes voient leur trouble de l’attention s’améliorer en grandissant mais cela ne semble pas être une norme absolue.

[6]Je ne déconseille pas à mon lecteur de chercher un diagnostic s’il pense être concerné par un trouble de l’attention, loin de là. Je dis juste que s’il ne s’en sort pas mal au quotidien, il est déjà au niveau où la plupart des spécialistes veulent amener leurs patients.

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