Conseils de survie en groupe

- Julie BOUCHONVILLE

Conseils de survie en groupe

Avec la fin de l’année qui approche, la saison des fêtes est sur le point de nous tomber dessus. Peut-être, comme moi, mon lecteur entretient-il une relation compliquée avec les fêtes de fin d’année, aimant la notion de consommer son poids en sushi tout en parlant à des gens qu’il apprécie, redoutant les conversations malaisées avec des cousins qui pourraient aussi bien être des inconnus et les remarques assassines déclinées sur le thème « Mais sinon, tu ne manges que des trucs beiges ? ».

Quelques suggestions de réactions, plus ou moins applicables selon si l’on tient encore à parler à tous les membres de sa famille par la suite.

 

Refuser

Quoi de plus beau qu’un refus ? Nous venons tous de vivre deux années compliquées. La dernière chose dont nous ayons besoin au terme de celle-ci est un surplus d’obligations. J’encourage mon lecteur à refuser, au sens large, tout ce qui ne lui plaît pas. Ça s’appelle poser des limites, et on me dit dans l’oreillette que c’est très sain.

Pas envie de vous rendre à un évènement ? Invoquez des partiels qui approchent, la cinquième vague qui vous inquiète ou, à la limite, le cas contact. Je sais que nous avons du mal à mentir, mais par texto ça doit pouvoir le faire. Dites que vous êtes désolé mais ne laissez personne vous culpabiliser : vos raisons sont excellentes, vous ne pouvez pas faire autrement, c’est comme ça et c’est tout.

Pas envie de goûter à un plat/un cocktail mystérieux/une recette traditionnelle de petit four ? Ayez toujours un morceau de pain ou d’un aliment que vous mangez sans souci à la main. Au moment où on vous propose le produit qui ne vous intéresse pas, prenez une grosse bouchée et, la mine pleine d’excuses, marmonnez « Pas maintenant, merci ». Si la personne insiste, demandez ce qu’il y a dedans, et au premier ingrédient un peu bizarre, affirmez que vous détestez cela/y êtes allergique.

Refusez, également, les sous-entendus. L’un des plus beaux cadeaux qu’une personne autiste puisse se faire à elle-même est de rejeter en bloc tout ce qui est suggéré mais pas formulé. Si quelqu’un attend quelque chose d’elle, il peut l’exprimer clairement. Sinon, il peut aussi bien s’en passer.

 

Détourner

Question déplaisante, sujet qui fâche, remarque à laquelle il vaudrait mieux ne pas répondre ? Préparez des diversions !

Une bonne diversion, c’est un sujet irrésistible pour celui qui l’entend. Pour une personne autiste, cela pourrait être la lancer sur son intérêt spécifique. Les non-autistes n’ont pas toujours d’intérêt spécifique, mais il y a des sujets qui les attirent comme des trous noirs, que ce soit des passions qu’ils entretiennent ou au contraire, des notions qui les mettent hors d’eux. Lancer quelqu’un dans un débat qui l’agace est une tactique risquée, parce que cela peut déraper, mais si on parvient à désamorcer les choses où à s’extraire de la conversation tandis que d’autres la poursuivent, on vient de s’acheter un bon moment de tranquillité.

J’encourage mon lecteur à planifier à l’avance des sujets de diversion en fonction des personnes qu’il est susceptible de rencontrer.

Quelques conseils généraux :

Souvent, les personnes âgées adorent parler de comment les choses se passaient quand elles étaient plus jeunes. Une question un peu innocente mais précise comme « Où est-ce vous achetiez votre sapin quand tu étais enfant ? Je me suis toujours demandé ! » ou « En quoi étaient faites les bougies quand tu étais enfant ? Il n’y avait que de la cire d’abeille ? » devrait fonctionner.

La politique est un sujet toujours efficace mais redoutable si on y va trop fort, trop vite. Avant d’en arriver à « Sinon, Zemmour, tu penses qu’il ressemble plutôt à Gargamel ou à Monsieur Burns ? », je suggère de monter graduellement dans les tours avec des questions comme la suppression des taxes foncières pour les entreprises, le droit de vote à 16 ans et les impôts sur les résidences secondaires. Ensuite seulement peut-on amener le racisme sur la table[1].

Enfin, aux plaisanteries douteuses, la meilleure réponse reste la candeur. « Je ne comprends pas, est-ce que tu peux m’expliquer ? » demandé avec douceur et répété le nombre de fois nécessaire va finir par forcer la personne en face à expliquer pourquoi elle pense que sa blague est drôle. Ce sera le bon moment pour dire « ah » avec un sourire poli.

 

Mises en application

Une tante est dépitée de voir un enfant autiste ne consommer que des saucisses apéros et de l’eau plate ? Diversion sur base de son centre d’intérêt !

« — Ah c’est tout ce qu’elle va manger ?

— Elle est incroyablement économique, tu la connais. Rien à voir, sinon, mais je voulais te demander : tu me passerais la recette de clafoutis que tu avais fait la dernière fois ? »

 

Quelqu’un lance un débat déplaisant ? Redirigez-le !

« — En vrai il faudrait fermer les frontières de la France, non ?

— Avant d’en arriver là, qu’est-ce que tu penses de toutes ces nouvelles pistes cyclables ?! L’écologie c’est une chose mais les embouteillages de trottinettes, c’est abject, pas vrai ? »

 

Une question assassine de la part de votre grand-père ? Pas de panique !

« — Est-ce que c’est malin de dépenser ton argent en tatouages alors que tu travailles à temps partiel ?

— Justement je voulais te demander, quand tu as commencé à bosser, à quoi ressemblaient les contrats de travail ? J’imagine qu’ils étaient très différents ! »

 

Avoir conscience de ses limites

Que mon lecteur soit invité à une soirée, un goûter ou un déjeuner, il est important qu’il se tienne lui-même à l’oeil pour pouvoir faire des pauses régulières – ou, si mon lecteur est le proche d’une personne autiste dépendant de lui, qu’il tienne sa personne à l’oeil. Rester assis très longtemps est ennuyeux au possible et peut même devenir douloureux, alors de petites promenades dans un jardin ou même dans une autre pièce feront le plus grand bien. De même, emporter un bouquin, un stim toy ou un jeu calme[2] pour se détendre entre deux conversations est une stratégie parfaitement acceptable. Si quiconque se plaignait que vous preniez une pause pour lire un chapitre, c’est cette personne qui aurait un problème. Pas vous.

Ne restez pas non plus trop longtemps si vous pouvez l’éviter. Avoir participé est déjà très bien. Si vous avez les cuillères pour trois heures de sociabilisation, il est contre-productif d’essayer de rester pendant cinq.

 

J’encourage enfin mon lecteur à profiter de cette période, heureuse pour certains, difficile pour d’autres, pour faire preuve de bienveillance à son propre égard. Nous sommes tous fatigués et anxieux de l’état du monde. Nous avons tous pris du poids, renoncé à des projets qui nous plaisaient, fait de notre mieux pour survivre. Nous méritons notre propre compassion, peu importe comment elle se manifeste.

Pour ce dernier article 2021, j’adresse tous mes vœux à mon cher lecteur. Que cette nouvelle année vous apporte plus que ce que vous oseriez espérer.

 

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[1]Les opinions politiques exprimées dans cet article n’engagent que son auteur et en aucun cas le restant de l’équipe de Bien-Être Autiste.

[2]Ou les trois.


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