Dyspraxie chez l’adulte autiste

- Julie BOUCHONVILLE

Dyspraxie chez l’adulte autiste

Parlons aujourd’hui de la dyspraxie qui, si elle commence à être plus souvent repérée chez les enfants, reste peu dépistée et prise en charge chez les adultes. De quoi s’agit-il et peut-on la soigner ?

 

Dyspraxie et TSA : co-occurence

Les personnes autistes ont une plus grande probabilité[1] de souffrir de dyspraxie, un trouble de la coordination que l’on pourrait résumer à une certaine maladresse et une difficulté à se mouvoir dans l’espace.

Ce trouble est présent dès l’enfance mais, comme beaucoup de problématiques similaires, il est possible de passer à côté si la personne compense beaucoup, si les symptômes ne sont pas trop envahissants et/ou si l’entourage a une approche plus détendue de type « ça finira bien par s’arranger ».

 

À quoi ressemble la dyspraxie chez l’adulte ?

Une fois que les grandes étapes de la motricité sont passées (apprendre à marcher, à écrire, à faire du vélo, etc.), les effets sont moins évidents. Un adulte à la dyspraxie peut se reconnaître dans ces tendances :

– Écriture manuscrite peu lisible, possiblement compensée par l’habitude de tout écrire sur téléphone/ordinateur

– Sens de l’équilibre peu développé, susceptible de générer ce que l’on appellera du vertige ou de l’acrophobie par abus de langage et qui sera plutôt de l’angoisse lié à une sensation de déséquilibre. Il est possible que la personne évite les activités soulignant ce problème comme le vélo, les sports de glisse, l’escalade, etc.

– Démarche étrange, inhabituelle, voire tendance à trébucher ou chuter sans « raison apparente » — c’est-à-dire même sur un terrain plat 

– Posture raide, difficulté à être « dans le corps », à percevoir ses mouvements ou à comprendre un mouvement à effectuer

– Usage des couverts, des outils, des tasses, etc., qui peut sembler malaisé, guindé ou maladroit

– Aversion pour les sports de balle dans leur ensemble, liée à une pénibilité à lire les mouvements des objets dans l’espace

– Pénibilité à conduire, à effectuer des manœuvres en utilisant les rétroviseurs

– Difficultés à manger et parler en même temps, voire tendance à faire des « fausse route » ou souvent se mordre l’intérieur de la bouche lors des repas

 

Toutes ces tendances peuvent être plus ou moins bien compensées, et l’une des difficultés à repérer la problématique chez l’adulte est justement ces stratégies de compensation : elles sont bien rodées et la personne ne les vit plus comme des limitations, juste comme une manière de fonctionner au quotidien.

 

 

Une prise en charge est-elle possible ?

En effet ! On pense souvent à la prise en charge pour les enfants mais les adultes peuvent eux aussi apprendre de nouvelles approches et/ou bénéficier d’outils qui simplifient le quotidien :

– Ergothérapie

– Rééducation visuelle (orthoptie)

– Psychomotricité

– Outils et objets du quotidien plus adaptés (lacets aisés à attacher, gaine qui à aide à la prise en main d’un stylo, tasses plus maniables…)

– …

 

L’on met volontiers en avant la plasticité du cerveau des enfants et l’importance de corriger tôt les problèmes pour éviter qu’ils ne se « fixent », mais le cerveau reste plastique tout au long de la vie, et s’il est effectivement plus aisé d’apprendre un nouveau geste à 12 ans qu’à 50, cela ne signifie pas pour autant qu’après la fin de la croissance, les gens sont coincés en l’état, incapables de tout changement. 

 

 

Est-il pertinent de faire quelque chose ?

Dans la mesure où l’on parle de personnes qui ont pu passer à travers les failles du filet diagnostique, on peut se demander si elles ont envie, et besoin, d’aide.

Mon lecteur le sait, je suis partisan de la notion d’augmentation du bien-être. Une personne autiste, quel que soit son niveau d’indépendance, devrait avant tout être abordée dans cette optique. C’est donc une décision individuelle, qui doit être prise au cas par cas : la personne serait-elle plus à l’aise avec certains aménagements, et aimerait-elle profiter à terme d’une plus grande aisance et d’une moins grande fatigabilité, si cela signifie un supplément d’inconfort le temps d’affronter les problèmes ?

 

Mon lecteur se reconnaît-il dans ces symptômes et modes de fonctionnement ? A-t-il mis en place des stratégies pour vaincre ses problèmes ou éviter de s’y confronter au quotidien ? Son témoignage nous intéresse !



[1] https://exceptionalindividuals.com/about-us/blog/autism-and-dyspraxia-diferences-and-overlaps/#:~:text=There%20haven’t%20been%20many,form%20of%20difficulties%20with%20movement.

 

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


1 comment
  • Bonjour,

    Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens changent de main pour utiliser une fourchette. Ni comment ils font pour apprécier de manger avec des baguettes.

    J’aimerais bien savoir comment est-ce qu’on s’y prend pour informer les autres qu’on compense, et à quel point on le fait.
    La compensation est toujours un sujet intéressant puisque le principe est que les autres ne s’en rendent pas compte.
    J’aimerais bien apprendre à parler des différences d’intensité et de ressentis avec les gens sans avoir à le faire au moment où ke problème survient. C’est toujours plus simple de dire à quelqu’un que je déteste la lumière dès que l’autre le dit en sortant d’un tunnel, mais c’est plus compliqué quand l’autre dit : “il fait beau aujourd’hui !”

    Athi on

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