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Les activités de fin d'année

- Julie BOUCHONVILLE

Les activités de fin d'année

Changer d’avis : gérer les attentes et la déception dans des situations de fêtes de fin d’année

 

On a tous déjà été là, parfois même dans les deux rôles : une personne autiste et une personne neurotypique se rendent dans un lieu afin d’y passer un moment de loisirs. Peut-être s’agit-il de visiter un marché de Noël, d’aller patiner sur la glace, de monter dans une roue panoramique ou de regarder un feu d’artifice, peu importe. Parfois la demande vient de la personne autiste elle-même et parfois c’est le non-autiste qui l’a proposé afin de partager un bon moment.

Dans tous les cas, une fois sur place, c’est le drame : la personne autiste ne semble pas profiter du moment, paraît mécontente, et parfois, insiste même pour partir rapidement.

Que faire ? Comment éviter cette situation ? Qu’est-ce qu’elle signifie ? Réfléchissons-y.

 

Les attentes

L’une des choses sur lesquelles j’insiste toujours lorsque je parle à mes élèves, c’est la notion des attentes du lecteur. Le lecteur, pour peu qu’on lui suggère des choses, sur base de ce qu’il sait et extrapole, se met à avoir des attentes, des espèces de besoins dont il faut non seulement avoir conscience, mais aussi être prêt à les combler ou les sublimer. Sans cela, on se retrouve avec un lecteur mécontent.

Le fait est que cela est tout aussi vrai dans la vie quotidienne : nous avons tous, tout le temps, des attentes vis-à-vis des évènements que nous traversons ou allons traverser, et des personnes qui nous accompagnent dans ces contextes. J’imagine que certaines personnes, très philosophes et éclairées, parviennent à ne jamais rien attendre du monde autour d’eux et à prendre chaque seconde comme la merveilleuse surprise inespérée qu’elle est réellement, mais pour le restant d’entre nous, quand on nous dit « tu vas aller dans la grande roue avec ta cousine », il y a tout un tas de suppositions qui surgissent dans notre esprit, de scénarios de comment cela pourrait se passer, et d’éléments dont nous déterminons qu’ils sont très probables et donc, auxquels nous commençons à nous attendre.

Ceci est vrai pour les personnes autistes, qui ont souvent le besoin de pouvoir prévoir à quoi un événement va ressembler afin de diminuer leur anxiété, mais cela l’est tout autant pour les neurotypiques et les non-autistes au sens large.

Bien sûr, avoir des attentes n’est pas en soi une mauvaise chose : le problème est que, de temps à autre, la réalité n’en a rien à faire de ce que nous avions imaginé, et diffère avec enthousiasme de l’image que nous nous étions construite. Nous nous retrouvons alors dans la situation du lecteur convaincu que l’auteur lui a promis une scène trop cool avec un dragon, et qui n’en rencontre aucun : nous sommes déçus, certes, mais pire, nous sommes trahis.

 

Ce qui fait planter un bon moment

Quelle est la différence entre une sortie qui se passe bien et une sortie qui se termine avec tout le monde en larmes ? Plusieurs possibilités s’offrent à nous, et je vais tenter de les aborder une par une.

 

- Quelqu’un a accepté de venir pour faire plaisir mais n’aime pas réellement être là : L’une des personnes présentes a proposé la sortie avec un enthousiasme assez communicatif pour qu’une des autres personnes accepte sans bien réaliser tout ce que cela impliquait. Maintenant que tout le monde est sur place, celui qui avait accepté pour faire plaisir se rend compte qu’il s’ennuie, qu’il fait froid, que son portable n’a plus des masses de batterie et qu’il y a des enfants qui hurlent. Les autres perçoivent qu’il s’ennuie comme un rat mort, potentiellement vont même culpabiliser de bien s’amuser, la sortie va se trouver écourtée, bref, personne n’aura finalement profité du moment à 100 %.

 

- La personne autiste n’est pas équipée pour la sortie : on ne le dira jamais assez, nous autres les autistes sommes assez nuls lorsqu’il s’agit de gérer nos stimulus sensoriels. Trop de bruit ? On plante. Des lumières vives et/ou clignotantes ? Idem. Une bouffée d’air chaud parfumé à la cannelle en pleine tête ? N’en parlons même pas. Alors oui, sentir l’odeur des marrons cuits et regarder les guirlandes colorées, cela peut être très chouette, mais parfois, c’est trop pour nous. En cas de sortie, il est important de toujours emporter avec soi le matériel nécessaire pour nous aider à gérer nos sens : un casque anti-bruit ou similaire, pourquoi pas des lunettes de soleil[1], un masque qui limite les odeurs fortes en même temps que la transmission des microbes, etc. Oui, peut-être que tout le monde dévisagera la personne autiste se baladant en plein marché de Noël avec cet attirail, mais dans la mesure où elle-même ne regardera pas leurs visages, ça ne la gênera pas outre-mesure.

 

- La transition trajet-sortie (ou maison-sortie) n’a pas été faite proprement : passer d’une activité à l’autre, d’un environnement à l’autre, n’est pas aisé pour nous. Le changement nous déroute et ce même s’il était prévu, même si nous a dit que nous arrivions bientôt, etc. Pour l’anecdote personnelle, je me rappelle de nombreux trajets en voiture de mon enfance où je somnolais, nichée à l’arrière avec un livre et une peluche, et où une boule d’anxiété grossissait dans mon estomac à mesure que nous approchions de notre destination où je savais que je devrais sortir dans le froid, mettre un manteau qui m’étouffait, ne pas lire, me soumettre à une pression sociale, etc – et tout cela alors que j’appréciais sincèrement l’activité qui était prévue.

 

- La personne autiste n’a pas envie d’être là de base : ça peut paraître un peu ridicule d’évidence, dit comme ça, mais c’est un élément à prendre en compte. Si quelqu’un n’avait pas envie de venir ou qu’on ne lui a pas demandé son avis[2], il peut arriver que cette personne manifeste un déplaisir net lors de la sortie, voire la pousse à s’achever plus tôt que prévu.

 

- La sortie ne ressemble pas aux attentes de la personne autiste : on n’avait pas prévu le monde, le bruit, qu’il fasse si chaud, que tel élément auquel on tenait serait absent, etc. La sortie n’a soudain plus aucun charme, et bien que la personne autiste aurait aimé pouvoir l’apprécier, elle ne passe finalement pas un bon moment.

 

Éviter les problèmes

Comme on le voit avec les éléments plus hauts, être préparé, d’une part, et patient, de l’autre, permet de limiter la casse. Il est important de pouvoir expliquer avec précision à tous les participants de la sortie à quoi elle va ressembler, le temps que cela va durer, à quoi il est pertinent de s’attendre, etc, et ce sans « enrober de sucre » la situation – par exemple, ne pas parler du fait qu’il fera sans doute chaud dans la salle pour éviter de noircir le tableau et compter sur le fait que tout se passe bien malgré cette omission.

Se préparer à de possibles désagréments en emmenant du matériel de protection sensoriel, de quoi boire, un stimtoy ou deux etc, permet aussi de parer aux problèmes qui pourraient survenir sur place.

Faire preuve de patience pour laisser tout le monde s’acclimater au nouvel endroit à son rythme est une forme de protection des sens qui peut aussi être mise en œuvre. Une fois que l’on est à destination, plutôt que de rentrer directement dans la salle ou d’aller tout de suite parler à des gens, il est tout à fait acceptable d’attendre quelques minutes dans la voiture les portières ouvertes, ou de rester un peu à l’extérieur ou dans un coin de la pièce le temps de laisser la transition se faire.

Enfin, écouter l’avis de chacun est vital. Oui, cette visite du haras aurait été encore mieux si Cousin Ananas s’était joint à la famille, mais dans la mesure où il n’en avait pas envie, il faut abandonner l’image idéalisée que l’on s’était faite et admettre que Cousin Ananas est mieux à la maison et qu’il sera très agréable aussi de le retrouver un peu plus tard et de lui montrer les photos des chevaux. La peur qu’un proche rate une expérience qu’on juge plaisante, a fortiori quand ce proche est un enfant, est bien réelle mais il faut savoir remettre les choses à leur échelle : d’une part personne n’est jamais mort de ne pas avoir caressé un poney, et d’autre part, si le proche n’avait pas envie de venir, il n’aurait pas passé un bon moment, même si l’activité prévue était géniale au dernier degré.

 

Comment gérer un proche qui, lui, ne gère pas du tout

Une situation où l’on se rend en groupe à une activité et où l’un des membres du groupe réalise qu’il va imploser – voire implose – et demande à ce qu’on reparte, c’est une situation frustrante[3]. Elle est frustrante pour la personne qui veut repartir, qui est déçue, agacée, peut-être humiliée, etc. Elle est frustrante pour ses proches, qui auraient aimé passer un bon moment, qui sont tristes de la voir se sentir mal, peut-être déçus de constater que « rien n’est jamais facile quand on invite Ananas », agacés d’avoir potentiellement payé une entrée ou acheté de la nourriture pour rien, etc. Tout le monde avait des attentes, et aucune n’a été réalisée, et tout cela est très générateur de tension. Essayer de prétendre le contraire, dire que tout va bien et sourire alors qu’on a envie d’abattre les murs n’est pas une bonne idée. Il est légitime et normal de ressentir des émotions et de les exprimer[4].

On peut aussi faire une évaluation de pourquoi la situation s’est plantée, pourquoi pas dans les heures qui suivent si tout le monde est un peu trop tendu sur le moment-même Cela peut permettre d’identifier des dysfonctionnements dans la préparation, qui pourraient être corrigés par la suite.

En amont, il est aussi possible d’être honnête avec ses propres attentes, et d’essayer de les réduire. Plutôt que « on va faire déguster des gaufres pendant une heure avec nos meilleurs amis qu’on retrouvera sur place », on peut par exemple se formuler à soi-même que l’on « croisera » ses meilleurs amis et qu’on « essayera de goûter au plus de gaufres possibles ». Au plus une attente inclut une notion d’espoir ou de tentative, au moins le choc avec la réalité est dur quand cette attente n’est pas satisfaite.

 

Il est surtout important d’éviter de blâmer quiconque, même si c’est tentant et que cela fait se sentir mieux. La personne autiste n’a pas choisi de ne pas aimer la sortie. La personne non-autiste n’a pas volontairement manqué de mourir d’ennui dans une conversation dédiée à un intérêt spécifique qu’elle ne partage pas.  On peut se battre pour savoir qui a eu tort et qui a eu raison mais au bout du compte, non seulement on aura passé un mauvais moment, mais en plus on se sera disputé et peut-être dit des choses blessantes.

Je suggère plutôt d’exprimer ses sentiments, de s’isoler un peu si nécessaire, et ensuite de simplement passer à autre chose. Non, ce n’était pas une sortie aussi chouette que prévu, mais non, le ciel ne s’est pas effondré non plus, et si on repart sur des bases saines, rien n’indique que le restant de la journée se passera mal lui aussi.

 

Conclusion

Des sorties se passeront mal en cette fin d’année – ou plutôt, elles ne se passeront pas comme prévu. Comme toujours face à un problème, on peut maudire le monde entier et jurer qu’on ne se fera plus jamais avoir, ou on peut admettre que parfois les choses déraillent un peu, mais que cela ne rogne en rien sur les sentiments joyeux que l’on a effectivement ressentis, et sur ceux que l’on pourra ressentir dans le futur.

 

[1]Les verres jaunes-oranges permettent de préserver la vision nocturne tout en limitant l’effet éblouissant/blessant des lumières vives.

[2]Parce que c’est un jeune enfant, parce qu’il ne parle pas avec sa bouche, parce qu’il refuse toujours mais finit aussi toujours par s’amuser, etc...

[3]Litote de la semaine.

[4]Sainement. Quelque chose comme « c’est nul, je suis trop déçue » est une expression saine. « T’es insupportable Ananas, la prochaine fois, tu restes à la maison tout seul puisque tu es comme ça » ne l’est pas.


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