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Fictiosexualité et autisme

- Julie BOUCHONVILLE

Fictiosexualité et autisme

Penchons-nous cette semaine sur un sujet si peu souvent abordé qu’il en est presque secret : la fictiosexualité, et son rapport possible à l'autisme.

 

Qu’est-ce que la fictiosexualité ?

Je ne doute pas que mes lecteurs connaissent quelques attractions romantiques et sexuelles, par exemple la pansexualité[1], l’asexualité[2] ou l’hétérosexualité. Notre vocabulaire est souvent imprécis et incomplet pour parler de ces dynamiques entre les personnes, ne permettant pas de refléter toutes les nuances des genres et des relations qui peuvent exister[3], mais nous faisons tous et toutes de notre mieux pour nous en servir.

Il se peut en revanche que la fictiosexualité soit passée sous le radar de mon lecteur attentif, et pour cause, c’est une attirance assez peu répandue, assez confidentielle, et volontiers pathologisée ou traitée comme un sujet de plaisanterie. De fait, ceux qui s’y reconnaissent peuvent éviter de le crier sur les toits, quand ils en entendent seulement parler.

Une personne fictiosexuelle est attirée par les personnages de fiction. Elle a, bien sûr, conscience que ces personnages n’existent pas réellement : elle n’est pas stupide ou confuse, et suggérer le contraire serait à la fois méprisant et mal informé. Elle est néanmoins capable de projeter de l’affection et/ou du désir sur ce qui est plus ou moins une entité non humaine et dénuée de réalité physique.

La fictiosexualité peut surprendre au premier abord, d’abord parce que, au-delà de l’aspect confidentiel du concept, il est très difficile pour la plupart des gens d’imaginer une relation avec une entité telle que je viens de la décrire.

 

Certaines personnes rangent la fictiosexualité dans le spectre de l’asexualité, c’est-à-dire les orientations où l’attirance sexuelle est inexistante, rare ou conditionnelle. Ce classement ne fait néanmoins pas consensus : certes, une personne fictiosexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle pour ceux qui l'entourent, ce qui en fait une bonne candidate pour l’asexualité, mais elle ressent effectivement de l’attirance, romantique et/ou sexuelle selon les cas, pour des entités fictives. La meilleure marche à suivre me semble de traiter les individus au cas par cas et de respecter la manière dont ils s’identifient, exactement comme pour d’autres questions similaires.

 

Existe-t-il un lien entre l’autisme et la fictiosexualité ?

Je préfère être honnête : si la recherche nous suggère qu’il existe un lien de covariation entre autisme et identités LGBTQIA+, personne n’a étudié la fictiosexualité d’assez près pour répondre à cette question en particulier.

Il n’est même pas évident, à l’heure actuelle, pourquoi ce lien de covariation existe. La théorie la plus couramment avancée est que les personnes autistes sont plus susceptibles que les non-autistes d’examiner en détail leurs ressentis et expériences, et de conclure qu’elles appartiennent à la communauté LGBTQIA+. Également, le coût social de cette appartenance serait moindre pour elles, qui sont déjà en déviation par rapport à la normalité et de toute façon moins sensibles aux notions de hiérarchies sociales. Ce n’est néanmoins qu’une théorie, difficile si pas impossible à prouver ou réfuter.

Les personnes autistes, ceci dit, ont à la fois une propension à s’immerger dans des intérêts spécifiques, qui peuvent tout à fait être des œuvres de fiction, et une capacité d’empathie très développée. Ces deux éléments pourraient préparer le terrain, pour ainsi dire, pour qu’une personne se focalise sur un personnage de fiction et s’en éprenne. Cela ne semble pas complètement ridicule ou incroyable, mais ce n’est jamais qu’une théorie bricolée vite fait. Nous n’avons simplement pas assez de données sur la fictiosexualité, sa prévalence, le parcours de vie des personnes concernées, etc., pour l’affirmer.

 

Comment dire à ses proches que l’on est fictiosexuel ?

J’ai hésité à écrire cette section, car ceci n’est pas mon identité, et si tous les coming out se ressemblent un peu, chaque expérience est unique. Si je devais rassembler quelques grandes lignes, voilà néanmoins les conseils que je donnerais :

 

1) Nos identités et orientations ne concernent que nous. Nous ne devons ces informations à personne, et il est parfaitement acceptable de laisser quelqu’un dans le doute, l’ignorance ou l’erreur si on n’a pas envie de lui expliquer le fin mot de l’histoire. Moi-même, par exemple, définis mon genre et mon orientation à l’aide de toute une série de termes précis. Quand je parle à quelqu’un qui n’a pas l’air très informé, plutôt que de faire perdre du temps à tout le monde, je dis juste que je suis queer.[4] J’encourage donc mon lecteur fictiosexuel à choisir avec soin les personnes à qui il révèle cet aspect de son identité, et également à déterminer le niveau de détails dans lequel il veut rentrer. Même ceux qui savent n’ont pas toujours besoin de tout savoir.

 

2) Décrire un comportement plutôt qu’une identité permet souvent de mieux faire passer la pilule auprès des personnes susceptibles de s’inquiéter. Par exemple, dans le cas d’une personne fictiosexuelle, elle pourrait expliquer sa situation en disant « je ne suis pas intéressée par les relations amoureuses », « je n’ai pas envie d’avoir une petite amie, je me sens épanouie telle que je suis » ou « je ne suis pas attirée par le sexe ». Dans la mesure où la personne recevant ce témoignage ne conçoit sans doute pas les relations autrement que d’une manière interpersonnelle, le formuler ainsi à son intention n’est pas un mensonge.

 

3) Ne pas faire une montagne. N’importe quelle conversation qui commence par « j’ai quelque chose de très important à te dire » a une bien plus grande chance de mal tourner qu’une mention en passant.

 

4) Accepter que les gens puissent ne pas comprendre. C’est peut-être ce qui est le plus compliqué quand on est une jeune personne, parce que souvent, on n’a pas encore appris à choisir ses batailles. Certains individus tiendront toujours à affirmer que l’identité ou l’opinion d’un tiers, surtout si ce tiers est jeune, « n’est qu’une phase » ou « finira par passer », que le tiers regrettera son comportement ou qu’il devrait se conformer à la norme s’il veut être heureux ou accepté.  Ces individus ne méritent pas le temps qu’on pourrait passer à essayer de les convaincre qu’ils ont tort. On peut avoir l’impression, là encore, surtout quand on est une jeune personne, que le monde est rempli de ces gens, qu’on ne peut pas les éviter, et que si on ne peut pas les convaincre, personne ne comprendra jamais. Ce n’est que cela : une impression. En grandissant, on trouve sa communauté et on se détache avec soulagement de ceux qui refusent qu’on touche à leurs œillères.

 

5) Être prêt à recommencer. On serait tenté de penser, en consommant de la fiction LGBTQIA+, que le coming out est une étape qu’on ne traverse qu'une fois, et qu'ensuite, on est en permanence out et tout le monde le sait. C’est faux. Dans un monde cis- et hétéronormatif, les gens qui ne nous connaissent pas bien vont toujours supposer que nous correspondons à ces identités. Il nous faudra donc corriger, encore et encore, les nouvelles personnes qui entreront dans notre cercle proche.

 

Mon proche est fictiosexuel et cela m’inquiète. Que puis-je faire ?

Parfois, l’on est tenté de convaincre un proche qu’il se trompe sur ce qu’il ressent, parce que la catégorie de personnes à laquelle il pense appartenir est victime de discriminations et méchancetés en tous genres — et ne voulons-nous pas tous et toutes ce qu’il y a de mieux pour nos proches ?

Le fait est que, lorsque nous faisons cela, nous devenons effectivement le premier harceleur de notre proche, et cela au nom de lui épargner des harcèlements futurs.

Face à une personne qui annoncerait à mon lecteur être fictiosexuelle, voilà ce qui peut être fait :

– La remercier de sa confiance

– Lui demander si elle connaît d’autres personnes fictiosexuelles avec qui elle peut échanger

– Lui demander si elle peut nous fournir des ressources pour nous renseigner sur le sujet

– Lui demander comment bien la soutenir et l’accompagner : y a-t-il des sujets qu’elle aimerait aborder ? Des questions qui la mettent mal à l’aise ?

– Lui rappeler qu’elle peut toujours se confier à nous et qu’elle sera toujours bien reçue

 

Se moquer d’elle, même gentiment, lui assurer que ce n’est qu’une phase, lui suggérer que son manque d’attirance pour les « vrais humains » est peut-être un symptôme psychiatrique, etc., ne la poussera pas à changer d’avis[5]. En revanche, face à ce comportement, la personne apprendra sans doute à ne plus se confier ni faire preuve de vulnérabilité face à nous.

 A lire également : Autisme, sexe et relations amoureuses

 

Conclusion

J’espère avoir, avec ce bref article, déblayé un peu du terrain et permis à mon lecteur d’y voir plus clair. La beauté de nos expériences humaines prend racine dans leur diversité, et si nous ne les comprenons pas toutes, nous pouvons reconnaître à chacune sa valeur intrinsèque.

 

[1]Être attiré par les personnes sans que leur genre ne rentre en ligne de compte.

[2]Ne pas être attiré sexuellement par les gens.

[3]Par exemple, une personne non binaire attirée sexuellement par les hommes et les personnes queer dans le genre mais ne pouvant envisager de relation romantique qu’avec ces dernières, ça s’appelle comment ? Et ce n’est pas un cas purement théorique, je connais personnellement plusieurs personnes répondant à cette description.

[4]Et quand je parle à quelqu’un qui n’y connaît de toute évidence rien, je le laisse supposer tout ce qu’il veut. Je n’aime pas, en règle générale, qu’on me prenne pour quelque chose qui m’est totalement étranger, mais parfois, c’est juste plus simple.

[5]Qui a déjà changé d’avis vis-à-vis de ses affections simplement parce qu’on lui avait dit que c’était une mauvaise idée, après tout ?


1 commentaire
  • Tout ceux qui vivent en couple mais projettent sur l’autre leurs fantasmes au lieu de voir la personne telle qu’elle est vraiment pourraient être fictiosexuelles (et leur compagnon, une sorte de sex-toy malgré lui). On peut vraiment se poser la question du réel besoin de faire de ce terme une identité sexuelle ou pas. De faire de tout une identité. A l’adolescence, combien de jeunes filles et garçons ne se projettent pas dans une fiction amoureuse avec leur idoles, du cinéma ou de la chanson? Malgré leur existence physique avérée, ça n’empêche en rien que ceux qui se projettent en leur compagnie les réinvente complètement, en se basant sur un support pour définir leur attraction. Se font des films. Idéalisent une relation. On peut donc se demander si on doit parler d’identité en tant que telle, ou d’un stade du développement de l’identité propre, qui peut être, chez certaines personnes, pour certaines raisons, retardé. Et de là, on le retrouve pathologisé chez d’autres, puisque tout ce qui ne rentre pas dans le moule est de facto pathologique. Et par réaction épidermique, crée un besoin d’affirmation identitaire? Je ne sais pas, mais je pose la question.

    Projection le

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