Autistes célèbres

Publié par Julie BOUCHONVILLE le

Autistes célèbres

Existe-t-il des célébrités autistes ? Pour quelqu’un cherchant à se projeter dans une carrière, un rôle ou même simplement un futur, à quoi aspirer ? Qui utiliser comme modèle ?

Que mon lecteur se rassure, plusieurs options existent.

 

Être autiste n’empêche pas le succès

On peut voir l’autisme comme une sorte de quitte ou double lorsqu’il s’agit du succès tel que défini par notre société capitaliste. Nos spécificités sensorielles et nos difficultés sociales avec les neurotypiques peuvent représenter un sérieux frein, mais d’un autre côté, notre capacité à nous absorber totalement dans un sujet et à y travailler durant des heures et des heures sans voir le temps passer peut nous aider, pour peu qu’on trouve un moyen de monétiser cela.

 

Exemples[1]

Hannah Gadsby est une humoriste australienne. Son style inclut beaucoup d’auto-dérision et le type d’humour que je ne peux que définir comme « autiste » : absurde, un peu pince-sans-rire, jamais malveillant. Elle n’hésite pas à aborder des sujets très sérieux sous le couvert de la plaisanterie et avoir des conversations compliquées avec son audience. Elle a été diagnostiquée à l’âge adulte.

 

Stephen Wiltshire est un artiste, surtout connu pour ses vastes dessins de villes qu’il reproduit sans modèle à l’aide d’une mémoire prodigieuse. Il est anglais (ses parents viennent des Caraïbes), vit à Londres et y a désormais une galerie d’art. Il a été diagnostiqué à trois ans, et n’a commencé à parler avec sa bouche que vers huit ans[2]. L’un de ses premiers intérêts spécifiques était les voitures américaines.

 

Breanna Clark est une athlète handisport américaine, coureuse et experte du 400m. Elle détient actuellement le record mondial de sa catégorie[3] et a gagné la médaille d’or des jeux paralympiques de Tokyo. Elle a été diagnostiquée à quatre ans, et si elle était athlétique dès l’enfance, les sports d’équipe étaient trop complexes pour elle. Sa carrière de coureuse aurait pu s’arrêter lorsqu’il est devenu évident qu’elle ne pourrait pas intégrer d’université[4], mais c’est là que sa famille et elle ont découvert que les handi-sports acceptent aussi les athlètes dont le handicap est mental ou neurologique. La suite, on la connaît.

 

Courtney Love, une chanteuse, actrice et peintre américaine, a été diagnostiquée à l’âge de neuf ans. Elle a depuis bâti une impressionnante carrière en tant qu’artiste, et s’est engagée dans de nombreuses causes telles que l’aide aux victimes de violences conjugales ou sexuelles, la lutte contre la LGBT-phobie, la lutte contre le SIDA, etc.

Sa vie a été très chaotique (elle a subi des violences, eu des problèmes légaux, souffert d’addictions, …) mais elle a réussi à s’en sortir entre autres via son art.

 

Yuh-Line Niou est une politicienne américaine, siégeant à l’Assemblée de l’état de New York. Elle est la première femme d’origine asiatique à y siéger, mais également la première ouvertement autiste. Elle a été diagnostiquée à l’âge de 22 ans, et explique ce repérage tardif de par son haut degré de camouflage social[5], mais aussi de par le fait que les personnes de son origine ethnique sont plus susceptibles de passer à travers les mailles du filet, entre autres à cause de stéréotypes raciaux. Niou est une démocrate et ses combats politiques incluent le maintien d’espaces verts dans son district ainsi que la protection des droits des locataires vis-à-vis de leurs bailleurs.

 

Dan Aykroyd est un acteur, producteur et scénariste canadien. Ses intérêts spécifiques l’ont mené à participer à des projets au succès immense, comme par exemple la police et la criminologie, qui ont donné lieu à Blues Brothers, ou l’étude des fantômes, à laquelle on doit Ghostbusters. Bien qu’Aykroyd ait été diagnostiqué d’un syndrome de Tourette à douze ans, ce n’est qu’une fois adulte qu’il a obtenu un diagnostic d’autisme.

 

Alexandra Reynaud est une auteure de livres de psychologie et la créatrice de deux blogs sur l’autisme et le HPI. Son propre diagnostic, comme c’est parfois le cas pour les adultes autistes, s’est fait à la suite de celui de son fils, lorsqu’elle a compris que les spécificités avec lesquelles elle avait toujours vécu étaient en fait des symptômes.

 

Peu d’autistes français célèbres

La France est un pays qui est en retard dans sa prise en charge de l’autisme : rappelons que jusqu’à il y a peu, c’était l’approche de la psychanalyse qui primait lorsqu’il s’agissait d’aider une personne autiste, et qu’encore aujourd’hui les professionnels de santé ne sont pas suffisamment formés et informés sur le sujet. De ce fait, nous avons simplement moins de personnes diagnostiquées dans notre population qu’un autre pays à la taille et au système de santé comparables.[6]

De plus, être autiste est encore perçu comme quelque chose de bizarre ou de négatif, et on peut supposer qu’une personne célèbre se faisant diagnostiquer pourrait hésiter à partager cette information.

Pour ces deux raisons, il y a peu d’autistes célèbres qui soient français. J’encourage mes lecteurs à tenter de devenir célèbres le plus rapidement possible.

 

Nous avons un futur

Comme le disent les pages informatives des outils d’épargne, « les performances passées ne préjugent pas des performances futures ». Lorsque l’on est une jeune personne autiste, ou que l’on est son adulte de référence, il peut être effrayant de penser à l’avenir. Comment s’intégrer dans un monde compétitif, bruyant et impersonnel ? Comment gérer l’indépendance, les relations sociales, la vie en entreprise et la vaisselle ? Que faire lorsque l’on constate que ses parents deviennent vieux voire, pire, lors de leur décès ?

 

De savoir que d’autres autistes existent, de savoir qu’ils ont réussi non seulement à fonctionner assez pour survivre mais aussi pour exceller au point de devenir célèbres, est encourageant. Nous aussi pouvons y arriver. Le monde est vaste, imprévisible et terrifiant mais nous avons une chance de nous y trouver un coin tranquille.

Peu de gens auraient parié sur Hannah, une gamine aux capacités sociales ridicules et qui plus est très visiblement queer, vivant au milieu d’une communauté religieuse rigide et de droite.

Personne n’aurait suggéré que Stephen, un enfant noir, qui ne parlait pas, et issu des quartiers pas top de Londres, serait un jour exposé dans une galerie et aurait des milliers de fans.

Breanna, qui se savait incapable de suivre le niveau académique de la fac, n’avait aucune garantie de gagner l’or aux JO ou de détenir le record mondial de sa catégorie.

 

Si eux peuvent le faire, alors nous aussi. Nous avons un futur.

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[1]Notre article « L’autisme pour les débutants » explorait déjà quelques célébrités : https://bienetreautiste.com/de/blogs/infos/il-n-y-a-pas-de-question-bete-l-autisme-pour-les-debutants

[2]Sa page Wikipédia relate une anecdote assez affreuse du personnel de son école confisquant son matériel de dessin, déjà sa passion à l’époque, jusqu’à ce qu’il soit capable de le re-demander à l’oral. Prenons un instant pour rappeler que ce n’est pas bien de maltraiter les enfants.

[3]55 s 18

[4]Pour la plupart des jeunes athlètes pros américains, le système veut qu’ils participent à des compétitions tout en suivant une scolarité à l’université, et de ce fait leur carrière sportive dépend directement de leurs bonnes notes.

[5]Un trait courant chez les femmes autistes et les personnes élevées comme des femmes.

[6]Contrairement à ce que peuvent en dire certains, la France ne sur-diagnostique pas ses autistes, plutôt l’inverse.

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