Comprendre l’anxiété pour mieux la vivre

Publié par Julie BOUCHONVILLE le

Comprendre l’anxiété pour mieux la vivre

L’anxiété chronique, ou trouble anxieux, est l’une des comorbidité les plus courantes de l’autisme. Pourtant, quand elle est présente depuis l’enfance, elle est parfois difficile à repérer parce que la personne concernée ne connaît simplement pas d’autre réalité.. S’il n’existe pas de traitement pour l’autisme qui n’est, de toute façon, pas une maladie, il y en a en revanche plusieurs susceptibles d’agir sur l’anxiété chronique.

Ne souffrons pas inutilement, lecteur, et apprenons à mieux connaître l’anxiété pour ne pas la laisser nous pourrir la vie.

 

Qu’est-ce que l’anxiété et le trouble anxieux ?

L’anxiété, c’est un ensemble de sentiment de crainte et d’appréhension. Être anxieux n’est pas juste avoir peur : l’anxiété a en plus une composante de réflexion ou de rumination, de projection sur le futur ou l’hypothétique. Si l’on est poursuivi par un ours mécontent, on a peur. Si on réfléchit à de futures vacances dans la forêt durant lesquelles il est possible qu’on croise un ours et qu’on le mette en colère et qu’il se mette à nous poursuivre… là on est anxieux.

L’anxiété est normale et même utile lorsqu’elle a une cause : être anxieux à l’idée partir de en vacances en ayant oublié de remplir correctement sa valise peut nous aider, dans une certaine mesure, à être très attentifs lorsque nous remplissons notre valise. Il est normal d’être anxieux lorsqu’on va au-devant de situations dangereuses ou très importantes : un peu d’anxiété avant de sauter en parachute ou de se marier est plutôt banal.

L’anxiété devient un problème lorsqu’elle envahit le quotidien et est moins bien justifiée. Quelqu’un qui ressent souvent de l’anxiété sans bonne raison aura ce qu’on appelle un trouble anxieux. Attention que, pour la personne concernée, l’anxiété peut effectivement sortir de nulle part mais elle aura aussi souvent une bonne raison : c’est le propre même du trouble anxieux que de nous convaincre que les choses sont bien pires, ou ont le potentiel d’être bien pires, qu’elles ne le sont réellement. Une personne anxieuse peut très bien réaliser d’un point de vue intellectuel que ce qui la préoccupe n’est pas grave, ses émotions sont en train de lui hurler le contraire.

 

Quels sont les symptômes de l’anxiété ?

J’ai un jour vu la description suivante, que je trouvais assez géniale : « C’est se sentir comme dans un film d’horreur, quand la musique se tend d’un seul coup mais qu’il ne se passe encore rien d’effrayant à l’écran. On sait que ça va arriver, la tension monte de plus en plus, mais il ne se passe encore rien. C’est ce moment, en boucle, pendant des heures. »[1]

L’anxiété peut se traduire différemment chez différentes personnes, surtout son aspect le plus physique. Voici quelques symptômes possibles :

- Douleurs à l’estomac, sensation de nœud à l’estomac ou dans la poitrine

- Sueurs froides

- Respiration superficielle

- Rythme cardiaque rapide

- Tension élevée

- Mains qui tremblent (voire tout le corps qui tremble)

- Maux de tête

- Vision trouble

- Besoin d’uriner répété

- Diarrhée

 

Chez les enfants, ces symptômes seront parfois plus diffus ou vagues, avec des pleurs, des douleurs au ventre ou à la poitrine difficiles à caractériser et une certaine irritabilité générale.

 

Sur le plan émotionnel, la personne anxieuse peut ressentir une sensation d’appréhension terrible, comme si quelque chose d’affreux allait se produire. Elle peut avoir envie de pleurer, de se cacher ou de s’enfuir, de crier. Elle pourra avoir des pensées cycliques : un enchaînement de pensées, souvent négatives, qui tournent en boucle et empêchent de se concentrer sur autre chose.

 

La personne qui ressent de l’anxiété va souvent essayer de se soustraire à ce qui cause son angoisse : quelqu’un qu’un sujet de conversation met mal à l’aise, par exemple, va tenter de parler d’autre chose ou de quitter la pièce. Si c’est impossible, ou si l’anxiété n’a pas de motif identifiable, la gravité des symptômes peut augmenter jusqu’à déclencher chez la personne concernée une crise d’angoisse. La crise d’angoisse, c’est un état extrême dont les symptômes ressemblent à ceux de l’anxiété mais en plus intenses. Cela peut inclure :

- Des vertiges

- Des tremblements musculaires

- Des palpitations cardiaques voire l’impression de faire une crise cardiaque

- Des nausées

- De la confusion

- La sensation d’étouffer

- Une sensation générale de perte de contrôle

- L’envie de fuir

 

Quel impact a l’anxiété sur ceux qui en souffrent ?

L’anxiété, je crois que mon lecteur l’a compris à ce stade, est très invalidante. Avoir la sensation que l’on est sur le point de mourir ou de vivre un évènement horrible est épuisant et difficile à supporter, même lorsqu’on est capable de relativiser et de se répéter que ce n’est qu’une impression et que tout va en fait très bien. Convaincre son instinct de survie qu’il se trompe est compliqué.

La personne qui souffre d’anxiété va souvent développer des comportements d’évitement pour se placer le moins possible dans des situations susceptibles de déclencher ses angoisses. Hélas, l’évitement ne fait que renforcer le problème : les situations anxiogènes deviennent d’autant plus notables qu’elles sont exceptionnelles. Si on les rencontre peu, on ne peut pas les « banaliser ».

L’anxiété a de plus des vertus contaminantes : une situation qui n’était pas source d’angoisse peut le devenir par association avec une autre, et petit à petit, la personne anxieuse peut faire de moins en moins de choses sans risquer la crise d’angoisse.

 

Autisme ou anxiété ?

Imaginons qu’une personne autiste soit très anxieuse vis-à-vis de certaines situations de son quotidien. Souffre-t-elle d’un trouble anxieux pour autant ? Sans tomber dans le diagnostic à distance, ce qui peut aider à faire la différence est essentiellement la source des émotions, c’est à dire leur déclencheur, ainsi que leur intensité, et leur récurrence.

Prenons tout de suite un exemple. Imaginons une personne autiste ayant du mal à traiter les sons, comme cela arrive souvent. Si cette personne se sent un peu inquiète à l’idée de passer un entretien professionnel par téléphone, son malaise est plutôt raisonnable : les enjeux sont élevés et elle s’apprête à faire quelque chose dont elle sait très bien que ce n’est pas son point fort.

Si cette perspective la terrifie au point de lui déclencher une crise d’angoisse, en revanche, cela peut faire penser à un trouble anxieux.[2]

De même, si la personne se retrouve très souvent à ressentir de l’anxiété, même si c’est toujours plus ou moins justifié, cela peut mettre la puce à l’oreille : comme mentionné plus haut, souvent, la personne anxieuse peut identifier une source à son anxiété et la rationaliser[3]. Il n’empêche que si elle est anxieuse huit heures par jour, à moins de vivre dans une zone de guerre, il y a sans doute un problème.

 

Comment lutter contre l’anxiété ?

Les méthodes ne manquent pas, ce qui est une bonne nouvelle. Même les méthodes qui ne marcheraient qu’un peu sont, dans mon optique, dignes d’un essai pour peu que leurs effets secondaires ne soient pas trop lourds : l’anxiété dégrade tellement la qualité de vie que si on peut ne serait-ce que la réduire, cela vaut la peine d’essayer.

 

Les méthodes psychologiques/comportementales vont reposer d’une part sur de bonnes habitudes d’hygiène de vie, d’autre part sur des modifications du comportement. L’hygiène de vie est importante : l’une des causes possibles de l’anxiété est le déficit en sérotonine, une hormone impliquée dans de nombreuses réactions. Pour optimiser son taux de sérotonine, il est important de :

- Dormir suffisamment : 7 h à 8 h par nuit pour un adulte

- Avoir une activité physique régulière : au moins 150 minutes par semaine et idéalement 300 minutes selon l’OMS[4]

- Manger équilibré

- Prendre régulièrement le soleil à des heures où le risque de coup de soleil est réduit

 

Les modifications du comportement pourront inclure, entre autres, des méthodes de méditation et/ou de pleine conscience visant à ancrer la personne afin qu’elle ne soit pas submergée par ses émotions. Un psychologue compétent sera à même de guider mon lecteur.

Une aide médicamenteuse pourra également être une option à envisager, avec des substances allant de la simple infusion de plantes à des anxiolytiques. Cet aspect du traitement est bien sûr celui qui comporte le plus d’effets secondaires, et dans tous les cas devra être discuté avec un médecin[5].

 

Ces éléments peuvent sembler dérisoires face à une anxiété pathologique qui domine chaque instant de la vie d’une personne. Lorsqu’ils agissent ensemble, néanmoins, leur efficacité est indéniable. La personne souffrant d’un trouble anxieux n’en guérira probablement jamais, mais il est possible d’atteindre une situation où il est gérable et parfois même négligeable. J’encourage vivement mon lecteur à ne pas se résigner à souffrir d’anxiété ou à voir l’un de ses proches en souffrir. Les solutions existent et, à condition de tâtonner un peu, fonctionnent.

Et c’est quelqu’un qui a un jour eu une crise d’angoisse alors qu’elle était en route pour un massage anti-stress qui l’affirme.

 

[1]Je paraphrase avec enthousiasme.

[2]En imaginant que ce n’est pas la première fois, bien sûr. Une seule crise d’angoisse une fois dans une vie n’est pas très significative. De même, si la personne était déjà nerveusement fatiguée ou au bord de la surcharge sensorielle au moment où son anxiété l’a dépassée, la crise d’angoisse qui a suivi n’est pas forcément significative.

[3]Par exemple, plusieurs de mes nombreux déclencheurs d’anxiété sont les gens qui m’envoient des vidéos à regarder ou des articles à lire, les fruits moches au marché/supermarché, ou essayer un nouveau trajet à vélo. Je peux justifier chacun d’entre eux, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont très rationnels en eux-mêmes.

[4]On parle de 150 à 300 minutes par semaine pour une activité physique modérée comme la marche. Une activité physique qui augmenterait plus le rythme cardiaque, comme par exemple la course, n’a pas besoin d’être pratiquée aussi longtemps. Voici le lien de la page dédiée sur le site de l’OMS : https://www.who.int/dietphysicalactivity/factsheet_recommendations/fr/

 

[5]On peut arguer qu’il n’est pas utile de demander l’avis d’un médecin avant de tester un simple complément alimentaire, mais je suggère vraiment à mon lecteur d’être plutôt trop prudent que pas assez : qu’une substance vienne d’une plante ou d’une pilule, elle peut avoir des effets secondaires et peut interagir avec d’autres traitements, sans parler des risques d’allergie qui existent quelle que soit l’origine de la substance.

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