Écholalie chez l’enfant autiste : comprendre et réagir

Publié par Julie BOUCHONVILLE le

Écholalie chez l’enfant autiste : comprendre et réagir

L’écholalie est un comportement typique de l’autisme mais pas uniquement. Il se retrouve aussi dans d’autres pathologies ou neurotypes.

Qu’est-ce que l’écholalie ? Pourquoi certaines personnes la pratiquent-elles ? En tant que parent ou proche, comment y réagir ? Nous allons essayer de répondre à ces questions.

 

Comprendre l’écholalie

L’écholalie est une manière de s’exprimer qui consiste à répéter un mot ou une phrase – et parfois plusieurs phrases – qui ont été entendus. On distingue l’écholalie immédiate de l’écholalie différée : la première est, comme son nom l’indique, immédiate. Ce sera par exemple une réponse à une question ou une répétition d’un mot que la personne vient d’entendre. L’écholalie différée est la répétition qui peut être utilisée des heures, des jours ou des années après que la phrase originale ait été prononcée.

 

A quoi sert l’écholalie et pourquoi la pratique-t-on ?

Chez tous les enfants, la répétition de mots et de bouts de phrases est l’une des premières étapes de l’acquisition du langage. Chez les adultes comme les enfants neurotypiques, on retrouve aussi la tendance à répéter une question pour gagner du temps pendant qu’on y réfléchit : « Quel est mon roman policier préféré ? Hm, bonne question... »

 

Chez l’enfant autiste – et l’adulte aussi, dans une certaine mesure – l’écholalie va servir à deux choses : la communication, et l’autostimulation ou stim. Si c’est un stim, l’écholalie sera un jeu apaisant où la personne manipule une série de sons. Comme tous les stims, c’est un comportement d’auto-régulation qui est sain et sans danger, et ne devrait pas être interrompu. Dans le cas où la personne le ferait à tue-tête ou répéterait un mot effroyablement vulgaire – ce qui est probable si un parent a ri la première fois que son jeune enfant s’est exclamé une grossièreté – on peut bien sûr lui proposer un stim différent ou à un volume plus supportable. J’ai moi-même été la personne qui chantonne très fort la même phrase pendant vingt minutes dans un restaurant bondé, et je comprends que ça puisse agacer.

 

Quelque part entre la communication et le stim, il y a la répétition d’une instruction que la personne vient de recevoir : si votre enfant répète en boucle « donner de l’eau au chat » pendant qu’il vide le bol dans l’évier, en sélectionne un nouveau, le remplit, et va le reposer, c’est ce qui est en train de se passer. Ce comportement est très utile : la personne s’assure que même si ses pensées vagabondent elle n’oubliera pas d’accomplir la tâche jusqu’au bout.

 

Une troisième utilisation va être lors d’une conversation, si l’enfant a du mal à trouver les mots pour répondre. Ici l’écholalie sert fermement à communiquer. Cela peut être la répétition de la question ou d’une partie de la question :

— Est-ce que tu veux caresser le chat ?

— Caresser le chat ?

 

Attention que dans ce contexte, il peut être utile de reposer la question en la tournant différemment pour être sûr que l’enfant répète bien la partie qui l’intéresse et non pas juste la fin de la phase, par exemple. Imaginons qu’on demande :

— Est-ce que tu préfères un croissant ou une brioche ?

Si l’enfant répond « une brioche », il n’est peut-être qu’en train de répéter la fin de la phrase pour continuer l’échange. Je ne veux pas suggérer qu’il faille ignorer ce que dit un enfant autiste parce que « il ne sait pas ce qu’il dit », mais il est important de s’assurer que l’enfant a eu suffisamment de temps pour comprendre la question et a affirmé sa préférence d’une manière qui ne soit pas ambiguë pour lui.

 

Communication et symbolique

On retrouvera aussi l’utilisation plus symbolique d’un mot ou une phrase liés à des évènements précis ou un sentiment général. Par exemple, un enfant qui aimerait aller au restaurant pourrait citer une réplique qu’il associe avec un établissement en particulier :

— Qu’est-ce que tu aimerais manger ce soir ?

— Très bonne dégustation !

Ou il peut poser une question à la place d’une affirmation, par exemple :

— Est-ce que tu veux de l’eau ?

Pour obtenir un verre d’eau. Du point de vue d’un cerveau qui galère un peu avec le langage, c’est tout à fait rationnel : son parent lui a dit cette phrase, et juste après il a reçu de l’eau. C’est très cohérent et un signe d’intelligence.

 

L’utilisation symbolique de phrases est, je pense, un aspect de l’écholalie qui est peu mentionné mais qui est crucial. On peut le voir comme une sorte de néologisme, où la phrase prend un sens complexe qui n’a pas grand-chose en commun avec les mots. Cela peut être utilisé pour répondre à des questions ou pour transmettre une émotion liée à l’origine de la phrase. A chaque fois que la personne utilise l’écholalie de cette façon, elle transmet non seulement une réponse, mais un ensemble d’émotions lié au contexte d’origine. Avec quelques mots, elle peut évoquer une toile de sens et d’ambiances très complexe que, sans écholalie, il lui aurait fallu plusieurs minutes pour expliquer !

 

Pour citer un exemple personnel, j’adore citer des répliques de films ou même de publicités. Dans une situation où je suis déçue vis-à-vis de quelque chose sans que ce soit trop grave, je vais citer « aucun succès avec ces laitages ! », une réplique issue d’une vieille publicité au scénario parfaitement ridicule qui me fait toujours rire. J’utilise la phrase – que je modifie pour l’adapter à la situation comme « aucun succès avec cette taxe d’habitation !» – pour toute sa complexité émotionnelle : le fait que le personnage ait l’air déçu pour une broutille, le mauvais jeu d’acteur parce que c’était sans doute une pub allemande doublée à la va-vite, le fait que mon mari m’ait plusieurs fois fait pleurer de rire en détournant la phrase.

Cela mène à des échanges incompréhensibles pour un observateur extérieur mais riches de sens pour ceux qui comprennent la symbolique.

 

Comment réagir à l’écholalie ?

D’abord, bien que l’écholalie puisse paraître étrange, il ne faut pas la redouter. On peut vouloir apprendre à un enfant à s’exprimer de manière plus précise – en utilisant des affirmations plutôt que des questions par exemple – et travailler dans ce but mais gardons à l’esprit d’agir avec bienveillance et dans l’intérêt de l’enfant plutôt que de notre confort d’adultes. L’enfant qui l’utilise est un enfant qui communique ou qui répond à un besoin interne, et dans les deux cas ce sont de bonnes choses.

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