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La gestion du temps et la personne autiste

- Julie BOUCHONVILLE

La gestion du temps et la personne autiste

Les autistes sont souvent assez nazes pour gérer le temps. N’ayons pas peur des mots. Pire, il semblerait que nous soyons assez nazes même pour percevoir le passage du temps, ce qui nous donne dès le début un handicap significatif. Est-ce une fatalité ? Une personne autiste peut-elle apprendre à manipuler un planning et espérer ne pas se laisser déborder ? D’où vient le problème ?

Tâchons d’y voir plus clair.

 

Le passage du temps

Le temps, sans rentrer dans des notions de physique qui dépassent votre serviteur, passe. A un rythme constant, pourrait-on ajouter, d’environ une seconde par seconde. Certaines personnes ont une assez bonne « horloge interne » : elles savent depuis combien de temps elles sont occupées à une tâche donnée, peuvent évaluer la durée d’un son ou d’un autre stimulus sensoriel, voire peuvent déterminer l’heure qu’il est avec précision. Même sans indice – parce que d’être entourés d’appareils affichant tous l’heure aide inévitablement – elles peuvent estimer le temps qui passe.

Beaucoup de personnes autistes – bien que pas toutes – sont généralement moins bonnes à ce genre d’exercices. Nous avons du mal à estimer la durée d’une activité ou d’un stimulus[1], le temps qu’il reste avant l’heure du déjeuner, voire même à nous repérer sur les jours de la semaine ou à percevoir la période de la journée[2]. De même, alors pourtant que nous sommes assez doués dans l’identification de motifs qui se répètent, nous pouvons avoir plus de mal si ces motifs sont liés au temps : des lumières qui flashent à un rythme régulier, par exemple, peuvent nous sembler arythmiques.

Cela peut être dû à plusieurs facteurs : d’abord, le trouble de l’attention comprend presque systématiquement une difficulté à percevoir le temps, or on sait qu’il est courant que les autistes aient aussi un trouble de l’attention[3].

Un autre coupable potentiel serait une série de gènes qui participent à l’équilibre du rythme circadien, et qui lorsqu’ils sont mutés font moins bien leur boulot. Ces gènes créent des horloges biologiques que le corps utilise pour déterminer le temps qui passe. Cela pourrait aussi expliquer pourquoi de nombreux autistes ont un rythme circadien absolument bizarre voire inexistant, sont fatigués à des moments inattendus et ont du mal à avoir un bon sommeil.

 

Peut-on s’améliorer ?

Si le problème est effectivement lié à l’expression de certains gènes, on ne va pas se mentir, la probabilité de le résoudre est plutôt faible. Ceci dit, on peut le contourner, parce qu’utiliser des outils plutôt que de se fatiguer à évoluer est définitivement un des points forts des humains.

 

Comprendre intellectuellement l’heure

C’est la première étape. Même si une personne autiste n’a pas de compréhension instinctive de l’heure qu’il est et du temps qui passe, elle peut intellectuellement comprendre le principe. J’encourage mon lecteur a non seulement connaître les diverses conversions[4] mais aussi à se concentrer régulièrement sur des durées courtes et des fréquences[5]. Le bruit de la chaudière qui se met en marche dure en général quatre secondes. Le chien du voisin aboie à une fréquence d’environ un aboiement par seconde. La bouilloire met environ quinze secondes à faire chauffer 200 ml d’eau soit la bonne contenance pour une tasse.

Enfin, l’idéal est d’avoir souvent l’heure sous les yeux, ce qui ne devrait pas être un problème entre les portables, les ordinateurs et les montres. Attention ! De nombreux autistes ont du mal à lire l’heure sous certains formats, l’analogique[6] arrivant en tête de ceux qui posent problèmes. Assurez-vous de vous entourer de l’heure sous un format qui vous parle. Autant le format analogique est pratique pour un minuteur (j’y reviendrai), autant pour lire l’heure, si la personne se trompe une fois sur trois, ce n’est pas très utile, et ce même si observer la distance parcourue par l’aiguille peut sembler une bonne indication au premier abord.

 

Tout ceci devrait servir à intégrer l’heure et le temps qui passe aux processus mentaux de la personne.

 

Garder le temps dans un coin de son esprit

Rien de tout cela n’aura aucun impact si la personne ne fait pas la démarche mentale consciente de se « connecter au temps » régulièrement : Combien de temps ai-je pour ma pause ? Depuis combien de temps est-ce que je suis occupée à cette tâche ? Combien d’heures avant la fin de ma journée d’école ? Est-ce que ce temps est plus long ou plus court que tel évènement de référence ?[7]

 

L’astuce que j’utilise personnellement est de toujours avoir de la musique, un livre audio ou un podcast en fond sonore. Non seulement le stimulus auditif m’aide à me réguler, mais en plus c’est une sorte d’évidence du temps qui passe. Le temps n’est plus tant un gros bloc mou et intangible qu’une corde déroulée derrière moi, au fil de ce que j’écoute.

Une autre option, qu’on peut combiner avec la précédente ou pas, est l’utilisation d’un minuteur. On peut s’en servir pour des tâches précises, ou simplement le programmer pour biper toutes les demi-heures. Dans cette situation je recommande l’usage d’un timer équipé d’un cadran analogique[8] afin d’avoir un repère visuel aisé du temps qui passe et du temps restant.

 

Enfin, l’usage d’un agenda connecté, celui de votre smartphone par exemple, me semble efficace car on peut programmer les rappels très en avance, voire en mettre plusieurs, ils fonctionnent même si on oublie d’ouvrir l’agenda (le gros point faible de l’équivalent papier), et on peut y caser cinquante évènements par jour sans que cela devienne illisible. On peut aussi créer des plannings détaillés de chaque journée, avec une précision sur les timing assez fine.
J’encourage mon lecteur à utiliser cet outil ainsi que des réveils multiples, toujours sur téléphone si possible pour éviter l’encombrement, et avec le bonus qu’on peut ajouter des notes à ces alarmes. On peut par exemple imaginer, pour un évènement donné ayant lieu à 14 h, une programmation qui ressemblerait à ceci :

 

6 h : réveil du matin, note qui rappelle « à 14 h, rdv chez le psy »

12 h 30 : notification de l’agenda « Rdv chez le psy dans 1 h 30 »

13 h : Alarme « Ne plus rien commencer »
13 h 15 : Alarme « Départ chez le psy dans 15 min, commencer à se préparer »

 

Bien sûr il n’est pas utile d’avoir une telle quantité d’alarmes pour chaque petite chose, mais c’est une option très rassurante pour les évènements à ne pas louper. En outre, d’avoir régulièrement ce processus en place, pour peu qu’on fasse la démarche intellectuelle de l’accompagner et pas juste de le subir, va permettre d’intégrer toutes ces notions et on peut raisonnablement espérer qu’à terme, la personne n’ait plus besoin d’autant de rappels.
Que mon lecteur note en outre que les alarmes sont censées coller au plus près de la réalité : le syndrome du « waiting mode »[9], tel que nous l’avons décrit dans un article précédent, est tout autant lié à une mauvaise perception du temps que le fait de se retrouver toujours en retard. Inutile, donc, de mettre une alarme disant de se préparer quarante minutes avant l’heure de départ si on sait que huit suffisent : c’est encourager une mauvaise pratique. (Bien sûr on peut prendre des marges, surtout quand on est anxieux, mais j’encourage mon lecteur à s’habituer à ne pas en prendre des gigantesques.)

 

Tous les autistes ne sont pas identiques

Enfin, notons que la perception du temps n’est pas la même pour tous les autistes, et qu’elle peut même varier au cours d’une vie. Comme d’autres aspects de notre neurotype, ce n’est pas très pratique, mais c’est quelque chose qui peut être contourné de manière à ne pas nous handicaper – et avec un peu de chance, nous pourrons nous faire un meilleur ami qui à « depuis combien de temps on est là ? » pourra répondre quelque chose comme « Dix-neuf minutes environ ». La double empathie[10], il n’y a que ça de vrai.

 

 

 

[1]Anecdote personnelle : ma tendre moitié tombe complètement dans cette catégorie, et peut affirmer avec conviction qu’une activité de dix minutes a duré n’importe quoi entre deux et trente minutes.

[2]C’est à dire se demander si on est le soir, le matin ou l’après-midi.

[3]Entre 50 % et 70 % des autistes ont aussi un TDA. (https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyt.2022.837424/full#:~:text=According%20to%20the%20scientific%20literature,rate%20of%20comorbidity%20is%20intriguing.)

[4]60 secondes dans une minute, 3600 secondes dans une heure, 24  heures dans une journée, 72 heures dans trois jours, etc.

[5]Une fréquence est le nombre de fois où un évènement se produit sur une durée donnée. Par exemple, quand on court on essaye de viser les trois foulées par seconde. Quand notre coeur bat au repos il a en général un rythme autour des 70 pulsations par minute. Etc.

[6]Une horloge analogique possède un cadran et des aiguilles.

[7]Par exemple : tel long trajet en voiture pour rendre visite à mon cousin dure environ trois heures, s’il me reste quatre heures à travailler, alors je sais que c’est plus, mais pas beaucoup plus.

[8]Celui de Bien-Être Autiste, par exemple, mais ce n’est bien sûr pas le seul endroit où en trouver : https://bienetreautiste.com/products/timer

[9]https://bienetreautiste.com/blogs/infos/le-waiting-mode

[10]https://bienetreautiste.com/blogs/infos/l-autisme-c-est-les-autres


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