Le retrait d’attention - Partie 1

- Julie BOUCHONVILLE

Le retrait d’attention - Partie 1

Récemment, j’ai vu passer le témoignage d’une personne mentionnant que le retrait d’attention ne fonctionnait pas vraiment sur ses enfants autistes. Est-ce un cas isolé, ou au contraire une tendance générale ?

Examinons la situation.

 

Le retrait d’attention, qu’est-ce que c’est ?

Le retrait d’attention est une modification de l’environnement de l’enfant[1] que l’on met en place en réponse à un comportement indésirable. C’est donc une punition : un comportement que l’on adopte pour limiter une attitude qu’on ne veut pas voir.

A quoi est-ce que ça ressemble ? En gros, si on a un enfant qui hurle et se roule par terre, par exemple, on réagit avec une absence d’attention en l’ignorant purement et simplement. On peut aussi mettre en place un retrait d’attention en déplaçant l’enfant, par exemple en le plaçant dans sa chambre ou un autre endroit sûr, et en quittant ensuite la pièce pour une période déterminée.

 

La littérature suggère de s’en servir essentiellement dans deux contextes : face à un comportement indésirable qui n’existe que pour attirer l’attention, la situation qui fait le plus consensus, mais aussi face à un comportement « difficile à gérer » (argumentation sans fin, violence envers des objets,  opposition « pour l’opposition », etc).

 

Est-ce que ça fonctionne ?

En théorie, oui. Plutôt que de s’épuiser à débattre pendant de longues minutes avec quelqu’un qui n’est de toute façon pas très logique, il est vrai que l’idée de poser un ultimatum et de juste envoyer l’enfant dans sa chambre s’il ne le respecte pas vend du rêve.

Pareil pour l’idée de punir un comportement de recherche d’attention : un enfant qui répète « putain » parce qu’il sait que les gros mots sont interdits et cherche une réaction sera sans doute moins susceptible de recommence s’il voit que ça ne sert à rien.

Dans les faits… ça dépend.

 

Les problèmes du retrait d’attention

Ce qui semble ressortir des témoignages au sens large, c’est que le retrait d’attention ne fonctionne pas sur tout le monde, ce qui est à peu près aussi utile qu’une baignoire en barbe à papa. Si on gratte un peu, on constate que tout le monde n’applique pas ledit retrait de la même manière, dans les mêmes situations, ni sur des enfants ayant les mêmes personnalités ou neurotypes. Comme les gens refusent de vivre des vies standardisées en laboratoire, il est compliqué de déterminer avec certitude ce que vaut ce protocole.

 

Qu’est-ce qui peut faire que le retrait d’attention explose en vol ?

- La difficulté d’identifier un comportement de recherche d’attention (et pourquoi c’est pas bien, d’abord ?)

Les défenseurs du retrait d’attention insistent : cela ne donne de bons résultats que face à un comportement de recherche d’attention pure. C’est à dire qu’il faut identifier le moment où un enfant a un comportement déplaisant exclusivement pour attirer l’attention de ses adultes de référence, et pas, par exemple, en réponse à un besoin interne comme une émotion difficile à traverser. Dans la mesure où mon lecteur n’est pas télépathe, je lui souhaite bon courage pour faire cette distinction somme toute assez subtile.

En outre se pose la question : si quelqu’un fait quelque chose pour attirer l’attention, est-ce qu’il ne faudrait pas – et qu’on m’arrête si j’écris n’importe quoi – lui donner de l’attention ? Et pas juste à ce moment où il en est clairement à faire les fonds de tiroir pour trouver des stratégies, mais dans l’absolu ? Je suis peut-être naïve, mais je me dis que quelqu’un qui cherche à attirer l’attention a peut-être besoin de plus d’attention.

C’est ce que je fais en général dans mes interactions, avec des enfants ou même des adultes. Si je vois que Kiwi est du genre à tirer à lui la couverture de l’attention, j’essaye de lui donner un peu de rab de couette chaque fois que c’est possible. Kiwi se sent spécial, moi j’ai du contrôle sur nos échanges, tout le monde est gagnant.

(Face à un comportement de recherche d’attention agaçant, je suggère une approche qui ressemblerait à ceci : « Fraise, je vois que tu veux attirer mon attention, mais quand tu le fais comme ça, tu ne me donnes pas envie de t’aider parce que tu fais quelque chose de désagréable. Ca me donne juste envie de t’envoyer dans ta chambre. Si tu veux attirer mon attention je te propose de m’appeler ou de venir me prendre la main. Là j’ai envie de passer un moment avec toi.)

 

- Les autistes ont un sens aigu de l’injustice

Si notre personne de référence nous dit qu’on peut encore jouer quinze minutes et qu’elle revient nous dire d’arrêter après seulement treize minutes, c’est mort. Non seulement nous refuserons d’obtempérer, mais nous nous sentirons trahis et furieux. Si notre proche réagit à cela par une variation sur le thème de « ça suffit, tu vas dans ta chambre, je ne te parle pas quand tu es comme ça », vous pouvez être sûr qu’il va falloir appeler un décorateur, parce qu’on va détapisser la pièce avec les dents juste histoire d’exprimer notre ressenti.

Pareil pour une situation où un adulte de référence refuserait d’expliquer pourquoi il est important de porter des chaussures[2], ce qu’on risque au juste si on ne prend pas de bain[3], ou les bénéfices d’une chambre bien rangée[4].

Pareil si un frère ou une sœur, à la limite un cousin ou une copine, n’a pas les mêmes contraintes. Il va falloir sacrément bien expliquer les différences.

 

- L’impuissance apprise existe et donne une impression de succès

Nous avons déjà abordé l’impuissance apprise dans ces articles : c’est un sentiment de désespoir qui saisit une personne quand elle comprend qu’elle n’a aucun moyen d’échapper à ce qui la tourmente et qu’elle doit juste accepter de souffrir. Si ça semble très dramatique, c’est parce que c’est assez abject, et je suis personnellement opposée de manière véhémente à toute méthode d’éducation qui reposerait sur ce principe. Un enfant qui constate que son adulte de référence refuse de lui parler, refuse de le comprendre, et le fait disparaître de manière métaphorique[5] lorsqu’il, l’enfant, ressent des émotions difficiles à gérer et à exprimer, va sans doute finir par renoncer.

Et oui, de l’extérieur, ça peut ressembler à un succès : l’enfant s’oppose moins, ne cherche plus à argumenter, a moins de comportements de recherche d’attention. Dans les faits, on a créé du ressentiment et abîmé la relation entre l’adulte de référence et l’enfant.

 

Je ne suis pas en train de dire qu’à chaque fois qu’on dit quelque chose comme « je ne peux pas t’expliquer maintenant parce que nous sommes pressés, tu mets ton manteau et la discussion s’arrête là ! » on joue la totalité de sa relation avec un enfant à pile ou face ou qu’un seul « va ta chambre ! » est la garantie d’un désespoir sans fond et l’élément déclencheur d’un épisode dépressif. Je pense d’ailleurs que parfois, ces réactions sont les moins pires qu’on ait sous la main : quand, en tant qu’adulte de référence, on sent qu’on est sur le point de se mettre à hurler ou à jeter des assiettes par terre nous aussi, l’alternative de pouvoir envoyer un enfant dans sa chambre est franchement pas mal.

Je dis que si nous utilisons le retrait d’attention pour tout régler, que nous en faisons une habitude, nous nous engageons dans une voie douloureuse pour l’enfant. Et je pense que personne ne veut cela.

 

Dans la seconde partie de cet article, nous verrons d’autres éléments de la mise en application du retrait d’attention.

 

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[1]En général c’est une méthode éducative appliquée aux enfants, mais on peut aussi l’appliquer aux adultes, c’est juste que les adultes se laissent moins faire.

[2]Indice : lâchez l’affaire, il est impossible de défendre logiquement la position que quelqu’un d’autre doit mettre des chaussures, on peut juste aller jusqu’à la déclaration que « si tu te fais mal sur les cailloux, ce sera ton problème, pas le mien ».

[3]« Tu sentiras mauvais, je ne voudrai plus te faire de câlin, la moindre petite égratignure que tu te feras s’infectera et il faudra sans doute aller chez le médecin te faire une injection d’antibiotiques »

[4]Difficile de faire mieux que « si tu ne trouves plus rien, ce sera ton problème ».

[5]Envoyer dans sa chambre, dire « je ne veux pas te parler » ou « je ne veux plus te voir », c’est ce dont il s’agit, en un sens.


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