S’habiller chaudement et autisme

- Julie BOUCHONVILLE

S’habiller chaudement et autisme

Est-ce conciliable ?

Mon lecteur ne l'ignore pas, ces derniers temps, il a fait froid [1] . Et nous, personnes autistes, pouvons avoir tendance à mal percevoir les sensations de notre corps, et de ce fait ignorer avec bonne humeur que nos orteils sont en train de geler ou que nous frissonnons depuis vingt minutes. 

Que faire, alors, pour s'assurer que nous ne risquons pas l'hypothermie sans pour autant nous emballer dans des épaisseurs étouffantes ? C'est la question brûlante à laquelle nous tachons de répondre aujourd'hui.

 

Intéroception, sensation de froid et autisme

L'intéroception, pour rappel, est la capacité à percevoir ce qui se passe dans le corps. Identifier, comprendre et interpréter des sensations comme la douleur, la souffrance, la pression, la fatigue, les démangeaisons, etc., sont des compétences qui relèvent de l'intéroception. Certaines personnes autistes ont du mal avec ces aptitudes, et peuvent de ce fait vivre des ressentis assez flous, comme savoir que « quelque chose ne va pas » sans préciser quoi au juste, se focaliser sur une sensation unique et en tirer des conclusions incorrectes ou lacunaires (« mon dos ne me fait pas mal donc, tout mon corps va bien »), ou encore ignorer certains stimulus sensoriels (« oh, mais j'avais faim, en fait ! »). 

Ce qui veut dire que certaines personnes avec un TSA peuvent avoir du mal à déterminer quand elles ont froid. La plupart du temps, cela n'a que peu d'impact : avoir froid est une expérience inconfortable, mais pour la majorité des adultes, dénuée de conséquences. En revanche, quand, comme aujourd'hui dans mon jardin, sur une température négative et un vent de 40 km/h, ne pas réaliser à temps que l'on se envoie mal peut être dangereux.

 

Aider la personne autiste à s'habiller selon la météo

Autonomie

Les personnes autistes sont, avant tout, des personnes, et ce quel que soit leur âge ou leur niveau d'indépendance. Il est important, même pour les individus qui nous aiment ou qui veillent sur nous, de respecter nos propres ressentis et notre capacité d'autodétermination. 

Je démarre ce paragraphe non sans une certaine fermeture parce qu'il peut être tentant, quand on constate qu'il gèle et que notre proche autiste refuse de mettre des gants ou un manteau pour sortir, d'ignorer son avis et de lui ordonner de se vêtir, voire de l'y contreindre. Nul n'aime jouer les gardiens de prison, mais l'on peut se dire que parfois, il le faut, pour le bien de la personne concernée. Ceci dit, respecter notre volonté est toujours plus important que nous épargnons les conséquences de nos propres décisions. 

 

Donner des options

Il peut être utile, pour un proche, de définir des informations à la personne autiste, pour l'aider à faire un choix éclairé. Des choses comme « il fait X degrés » ou « il y a beaucoup de vent là où nous allons », sans y ajouter de dimension émotionnelle ou de menace (« Tu vas geler si tu sors comme ça » ou « OK, mais interdiction de te plaindre que tu as froid aux pieds ! »). 

 

Le gros du travail se passe néanmoins en amont de ce genre de moments. En effet, si mon lecteur est le proche d'une personne autiste, l'une des meilleures choses qu'il peut faire pour s'assurer qu'elle portera son manteau ou ses gants est de s'assurer qu'elle en possède des versions confortables, pratiques, qui lui plaisent, et dont elle sait où ils se trouvent. Cela semble évident, mais ça ne l'est pas toujours : parfois la seule écharpe que l'on a est un cadeau qui ne nous plaît pas parce qu'elle gratte, ou nos chaussettes d'hiver se trouvent au fond d'un placard et sont peu accessibles au moment de sortir. 

Nous aider à acheter des affaires que nous utiliserons vraiment nous permet de gagner en autonomie, nous fournissant des options supplémentaires plutôt que de décider à notre place.

 

Décider comment s'habiller

Comparateur

La première a choisi de prendre en compte, pour une personne autiste ne sachant comment s'habiller, correspondre aux contraintes imposées par la météo. Pleut-il ? Y a-t-il beaucoup de vent ? Gèle-t-il ?

En Europe de l'Ouest, d'où j'écris ces lignes, il est rare que le temps soit dangereux  pour les habitants : nos adaptations au climat vont donc être de l'ordre du confort plutôt que de la protection [2] . C'est vrai surtout pour les adultes : les bébés de moins d'un an ne régulent pas leur température corporelle, et les enfants, qui ont un rapport surface/volume différent des adultes, perdent de la chaleur plus vite et peuvent plus rapidement entrer dans un état d'hypothermie [3] .

Quand mon lecteur autiste envisage de s'habiller pour sortir, il doit donc mentalement déterminer le niveau de confort que chaque vêtement va lui faire gagner ou perdre, en prenant en compte les conditions météo. Par exemple, s'il pleut et que je dois aller travailler, je dois sans doute porter mes protections de pluie : une veste, rembourrée ou non selon la température, et un surpantalon en plastique étudié pour les cyclistes. Ledit surpantalon est un cauchemar sensoriel : il est bruyant, l'enfiler donne l'impression de venir au monde une nouvelle fois, et il tient très chaud. Néanmoins, me faire tremper par la pluie et passer la journée dans un pantalon, des chaussettes et des chaussures froides et mouillées est tout aussi effroyable, et beaucoup plus long que la durée de mon trajet. 

C'est cette comparaison mentale que j'invite mon lecteur à pratiquer.

 

Minimiser les pièces

La sagesse populaire veut que l'on multiplie les épaisseurs pour éviter d'avoir froid : pull, sous-pull, chemise, veste, écharpe, sous-gants, gants… Tout cela marche peut-être pour les neurotypiques, mais soyons honnêtes, une population qui hésite parfois à se faire à manger parce qu'assembler un sandwich requis trop d'étapes ne va pas toujours avoir la foi d'enfiler vingt-sept pièces de tissus différents juste pour sortir le chien. 

J'encourage donc mon lecteur à prendre le contre-pied et à considérer plutôt des pièces qui font double emploi. Un pull avec un col haut, par exemple, permet de se passer d'écharpe. Un manteau avec une capuche ajustable remplace le bonnet. Un manteau ou une veste dont une épaisseur est modulaire, permettant d'ajuster le niveau de chaleur, peut également permettre de se passer d'un (deuxième) pull. 

Des pièces amples présentent un supplément d'isolation sans minimiser les mouvements. 

 

Accepter l'inconfort… ou pas

Est-il important de s'habiller en fonction de la météo ? Je dirais que cela dépend. Le pire qui puisse arriver, dans la plupart des cas, est que l'on aura froid et/ou qu'on passera un moment dans des vêtements mouillés par la pluie. Ce n'est pas la fin du monde, après tout, et pour bien des gens, c'est un prix à payer acceptable pour ne pas avoir à se trimballer un manteau, des bottes en caoutchouc ou une écharpe qui gratte. 

Même cette conséquence déplaisante, ceci dit, peut-être contournée dans une certaine mesure en prenant l'habitude d'emporter un sac contenant une tenue de rechange [4] . Se changer dans les toilettes est l'affaire de quelques minutes, et pour peu que l'on ne soit pas face à une situation de chaussures transpercées par la pluie [5] , l'on en ressort sec et satisfait. 

 

Rester attentif aux sensations du corps

Une fois en extérieur, il est agréable de rester un minimum attentif à ce qui se passe dans le corps. Les premiers signes sont :

– La volonté de se rouler en boule

– Des frissons

– Une sensation proche de la douleur dans les zones exposées comme les doigts, le nez et les oreilles

 

Ces ressentis doivent être respectés : c'est le signe que l'on n'est pas assez couvert, au moins localement, et qu'il faut rajouter des épaisseurs, ou rentrer dans un endroit à l'abri du froid pour se réchauffer un peu avant de redémarrer.

 

Je laisse ici mon lecteur, après un premier article déjà très long, et l'invite à partager dans les commentaires les astuces qu'il a identifiées pour réussir à se protéger du froid sans entrer dans un cauchemar sensoriel.



[1] J'attends, une fois de plus, un prix Pulitzer.

 

[2] Bien que, comme je le disais en intro, le danger reste une possibilité.

 

[3] L'hypothermie reste une situation relativement peu courante, au moins dans ses stades les plus sévères ; les enfants ne sont pas en hypothermie dès qu'un petit vent se lève.

 

[4] Dans mon expérience, c'est une habitude qui finit toujours par servir.

 

[5] Un cercle de l'enfer à elle toute seule.

 

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


1 comment
  • Bonjour,
    Notre fils de 10 ans a un TSA modéré. Malgré le froid, il est très difficile de l’habiller chaudement. Il aime garder son pyjama (très doux et en coton) sous ses habits pour aller à l’école. Evidemment, il choisi la texture et la souplesse (ce qui est difficile en hiver).
    Par contre, à la maison, il ne veut que son pyjama sans gilet ou pull alors que nous avons une température moyenne à 19°. Il a très souvent les mains et les pieds froids. Que pouvez vous nous conseiller ?
    En vous remerciant et vous souhaitant une bonne journée

    Desmaretz-Carles Caroline on

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