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La pensée magique et l’autisme

- Julie BOUCHONVILLE

La pensée magique et l’autisme

Qu’on la pratique consciemment ou non, la magie nous entoure et colore si pleinement la manière dont les humains pensent que l’on pourrait arguer qu’il s’agit d’une constante de notre espèce.

Pourtant, la pensée magique peut devenir envahissante et réduire la qualité de vie des personnes concernées. Les autistes en font-ils partie ?

 

Qu’est-ce que la pensée magique ?

On pourrait la définir comme la tendance à croire que nos désirs, pensées et sentiments influencent le monde au-delà de ce qui est raisonnable[1]. Dans une certaine mesure, tout le monde la pratique, de manière plus ou moins délibérée : c’est, après tout, le raisonnement qui sous-tend les superstitions, la prière, le vœu que l’on fait quand on souffle ses bougies d’anniversaire, etc. Certaines personnes ont des systèmes de croyances basés sur la pensée magique, et leur approche est donc plus réfléchie et intentionnelle, mais tout le monde est au moins un peu concerné.

En soi, cette manière de concevoir le monde n’est pas problématique, mais elle peut le devenir lorsque les personnes se mettent à redouter leurs propres réflexions de peur d’attirer un élément négatif en y pensant trop, se sentent obligées de « prier »[2] longuement pour tenter de garantir le résultat d’une situation, blâment les victimes de mésaventures parce qu’elles « ont dû attirer le problème », etc.

 

Les autistes et la pensée magique

Les autistes ne sont pas connus pour leur tendance à ce type de fonctionnement, mais le présenter en ces termes est un peu trop simple. Si l’autisme ne prédispose pas à la pensée magique, ce trouble partage une forte comorbidité avec le trouble anxieux qui, lui, est directement concerné[3].

 

L’anxiété et la pensée magique

La pensée magique peut être utilisée pour le bien : on se concentre sur l’issue heureuse d’une situation pour rester dans un état d’esprit positif et « attirer » cette issue. Que cela marche ou pas, en se concentrant sur les « bonnes vibes », au moins on s’est senti bien pendant la période intermédiaire, voire on est d’assez bonne humeur, une fois l’échec constaté, pour se dire que ce n’est pas si grave.

 

Mais quand on est anxieux, notre cerveau peut se retourner contre nous et s’en servir pour le mal.

Quelques exemples :

 

– Si j’ai un plan B pour chaque situation qui peut mal tourner, je réduis le risque qu’elles tournent mal.[4]

– Si je pense à une chose déplaisante comme la maladie ou un accident qui arriverait à un proche, je risque de pousser cette chose à se réaliser.

– Découlant de la précédente : si quelque chose de mal m’arrive, c’est sans doute ma faute d’une manière ou d’une autre.

 

Le contrôle

Au cœur du problème se trouve la notion de contrôle. La pensée magique, c’est l’idée qu’on peut contrôler le monde autour de soi : influencer le dénouement d’une situation, éviter un drame, mettre toutes les chances de son côté. Être impuissant est terriblement anxiogène, et la pensée magique rassure en amenant l’idée que même si on ne peut pas tout résoudre en le souhaitant très fort, ça aide d’essayer.

L’anxiété, de son côté, vient souvent avec un besoin désespéré de contrôle, de pouvoir gérer, d’être capable d’agir sur une situation : mon lecteur voit aisément comment une personne anxieuse peut tomber dans une routine où, que cela semble fonctionner ou pas, elle se sent obligée de dédier de plus en plus de temps mental à des situations et habitudes diverses afin d’éviter qu’il n’arrive quoi que ce soit de problématique. Les TOC[5] sont, dans une certaine mesure, le reflet d’un mécanisme similaire : les personnes concernées savent que se laver les mains cinq fois n’est pas beaucoup plus efficace que quatre, mais si elles tentent d’esquiver le rituel, elles se sentent mal et ont l’impression que quelque chose de terrible est sur le point de se produire.

 

Comment limiter la pensée magique quand on est autiste ?

Rituels de l’autisme

Nous avons naturellement tendance au rituel et, tant qu’un rituel est justifiable, il ne semble pas déraisonnable de le maintenir.

Beaucoup d’autistes mettent en place des rituels parce que cela économise de la bande passante de cerveau : si quand Ananas rentre du travail, il pose toujours ses affaires dans le même ordre, puis se lave les mains, puis boit un verre d’eau, etc., il n’a pas besoin d’y penser au quotidien. Il sait à quoi s’attendre et, s’il le pratique depuis longtemps, son rituel tient plus de la mémoire musculaire qu’autre chose.

Dans ce contexte, la personne autiste est détendue par le rituel et perturbée par les interruptions.

Le rituel imposé par une pensée magique, en revanche, sert à apaiser une anxiété existante ; c’est une dépense de ressource, pas une économie. S’il n’est pas problématique en lui-même, il est le symptôme d’une anxiété intense.

 

Actions concrètes vs pensée magique

Chaque répétition d’un rituel le renforce. Si l’on a pris l’habitude d’adopter un comportement pour provoquer une certaine issue, par exemple se concentrer pendant trois minutes sur l’image d’une route déserte pour qu’il n’y ait pas embouteillages et ainsi arriver à l’heure, chaque fois que l’on s’y livre, on renforce la croyance — que le rituel fonctionne ou pas, du reste.

L’approche pour arrêter de nourrir la croyance est donc double : d’une part, se rappeler ce que l’on sait, c’est-à-dire que de se concentrer sur quoi que ce soit n’a aucune influence sur l’état du trafic, et que le seul moyen efficace de ne pas participer à un embouteillage est de partir plus tôt ou de rouler à vélo. D’autre part, arrêter le rituel. Troisièmement, et ce n’est valable que pour certaines choses, confronter en pensées ce à quoi ressemblerait la situation que l’on cherche à éviter.

Par exemple, si Ananas a l’habitude de visualiser le magasin vide avant d’aller faire des courses, afin de s’assurer de ne pas rencontrer trop de monde, il peut se demander si vraiment ce serait si horrible de se retrouver au milieu d’autres clients. Ce serait sans doute inconfortable, car après tout, il n’a pas développé ce rituel sans raison, mais ce serait probablement assez supportable pour qu’il puisse prendre le risque de tester.

En revanche, s’il prie tous les matins pour que sa famille ne meure pas dans une série d’accidents horribles et saugrenus, il ne serait pas utile pour lui de se dire qu’au fond, ce ne serait pas bien grave.

 

Thérapie comportementale et cognitive

Face à une pensée magique envahissante, la TCC peut s’avérer utile. J’encourage ici mon lecteur à en parler à son professionnel de santé, qui pourra le guider à travers des exercices ayant pour objectif de mettre en place des enchaînements de pensées moins répétitifs et plus sains, et de privilégier des actions au cours desquelles on se sent en contrôle plutôt qu’objet. Face à des schémas de pensées que l’on juge envahissants ou néfastes, c’est vraiment ce genre de thérapies qui pourront amener du soulagement à relativement court terme.

 

Conclusion

Dans un dernier élan de pensée magique, il ne me reste qu’à souhaiter à mon lecteur une merveilleuse année 2024. Merci pour ta constance, cher lecteur ; nous nous retrouverons le 10 janvier pour le prochain article.

 

[1]C’est à dire que nos pensées et désirs ont une forme d’influence sur le monde, qui passe soit par nos actions, soit par les biais qui existent chez nous lorsque nous sommes dans certains états d’esprit. Si l’on en vient à croire que nos pensées et désirs affectent le monde plus que cela, plus que ce qui est à peu près empiriquement vérifiable, on arrive dans le domaine de la pensée magique.

[2]Qu’elles le conçoivent avec ce terme ou pas.

[3]https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21333031/

[4]Une illustration courante est l’espèce de semi-certitude qu’il ne pleut que quand on n’a pas pris de parapluie avec soi, et le parapluie finit par avoir un rôle de talisman qui éloigne la pluie.

[5]https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21333031/


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