Livraison OFFERTE en France à partir de 50€ d'achat

Le bruit visuel et la personne autiste

- Julie BOUCHONVILLE

Le bruit visuel et la personne autiste

Les autistes, nous le savons, ne sont pas toujours très doués pour gérer les stimulus sensoriels. Une étiquette de t-shirt en trop, un goût inattendu dans notre lait au chocolat préféré[1], et soudain, c’est le drame.

Si l’on parle souvent du bruit et des textures, il est plus rare que l’on mentionne cet adversaire redoutable : le chaos visuel.

 

Qu’est-ce que le bruit ou chaos visuel ?

Des bords et des cerveaux

Les cerveaux humains dédient pas mal de bande passante à l’identification des bords dans notre champ de vision. Le bord du trottoir, le coin du meuble, la limite entre l’assiette et la table, etc. : les bords des choses sont, on s’en doute, importants à reconnaître à chaque instant de la vie. C’est une tâche assez coûteuse en concentration, une réalité qu’on a tous et toutes pu ressentir à l’occasion : il est plus fatigant, d’un point de vue mental, de marcher dans la foule et en centre-ville que de se promener dans un parc peu fréquenté. Il est plus difficile de se détendre dans une pièce en désordre que dans la même pièce, bien rangée.

Bref, il est fatigant pour tous les humains de rester dans un environnement avec beaucoup de bords, a fortiori s’ils correspondent à des objets en mouvements, parce que l’outil de suivi est obligé de tourner à plein régime.

 

Une définition du bruit visuel

Si l’on peut définir le bruit auditif comme un ensemble de stimulus s’additionnant jusqu’à atteindre (et dépasser) le seuil de ce qui est désagréable, alors le bruit visuel fonctionne selon le même principe. Une personne qui marche n’est pas difficile à suivre ni désagréable à regarder. Une foule de personnes ayant chacune leur parcours individuel et interagissant constamment, en revanche, est beaucoup plus problématique. Une personne non autiste pourra trouver fatigant de marcher au sein d’une telle foule, mais une personne autiste risque vite d’atteindre la saturation et d’avoir besoin de faire une pause.

 

Quelques exemples de chaos visuel

« Chaos » est un peu fort, mais je dirais qu’on peut conceptualiser cette notion comme « n’importe quoi qui donne la même sensation que de regarder une pile de bazar ». Les objets en vrac et mal rangés se qualifient, mais aussi les papiers peints voire les vêtements couverts de motifs, les décorations très chargées, les panneaux d’expression libre couverts d’affiches dépareillées, les lieux publics avec beaucoup de publicité[2], les vidéos avec des images clignotantes, les endroits style clubs avec des jeux de lumière…

Deux facteurs ressortent le plus : d’une part le nombre d’éléments, d’autre part, la prédictibilité de leurs mouvements. Trois cents personnes sur une place ne génèrent pas la même quantité de bruit visuel selon qu’elles sont immobiles, en mouvement libre, ou en train d’effectuer une chorégraphie.

 

Comment se prémunir du bruit visuel ?

On dit souvent que les bruits gênants sont plus agressifs que les visuels gênants, parce qu’on n’a pas de paupières sur les oreilles. C’est certes vrai, mais il est à mon sens bien plus aisé de fonctionner au quotidien avec un casque antibruit qu’avec les yeux fermés[3].

Je crains de devoir annoncer à mon lecteur dès ce stade de mon article que je n’ai pas de solution durable pour éviter le bruit visuel. Quelques astuces permettent néanmoins de le rendre plus supportable :

- Identifier que le stimulus est un facteur fatigant et susceptible de nous atteindre. Ignorer qu’on a un problème, c’est foncer dans le mur.

- Maintenir un environnement visuel aussi neutre que possible. Certes, quand on est dans un hall de gare, il y a plein de monde partout et c’est inévitable, mais chez soi, sur son lieu de travail, on peut essayer de créer un décor reposant avec le moins de fatras visuel possible[4].

- Dans une situation où les stimulus seront inévitables, se préparer à faire des pauses. Pas d’autre choix que d’aller faire des courses un samedi à quelques semaines de Noël ? OK, mais toutes les quinze ou vingt minutes, ce ne serait pas mal de s’asseoir sur un banc, fermer les yeux et juste laisser notre cerveau redescendre dans les tours en respirant calmement.

- Dans une situation où les stimulus seront inévitables, limiter ceux qui peuvent l’être. Si je reprends mon idée de devoir se rendre dans une galerie commerçante un samedi de décembre, il va en effet falloir garder les yeux ouverts. Ceci dit, on peut limiter la pression sur notre cerveau en s’assurant que les autres stimulus n’en font pas des tonnes : porter des vêtements confortables, par exemple, s’habiller de manière à pouvoir enlever ou ajouter des épaisseurs pour gérer la température, porter un casque antibruit et, si on le supporte, un masque qui aura l’effet de filtrer les odeurs soudaines.

- Dans une situation risquée où l’on n’a pas besoin d’être attentif, désigner un tiers qui nous pilotera. Ce n’est pas optimal, mais s’il faut choisir entre ça ou paniquer voire s’effondrer, il vaut toujours mieux passer un petit moment un peu dissocié où l’on se laisse faire pendant qu’une personne de confiance nous guide à travers une gare, une convention, un musée ou une cuisine très mal rangée.

 

En cas de surdosage

Si mon lecteur ou son proche autiste se sent mal après un épisode riche en désordre visuel, pas de panique. La personne peut fondre en larmes ou montrer d’autres signes de surcharge sensorielle, mais tout cela est normal.

La première chose à faire : la laisser être au calme. Si elle peut s’asseoir quelque part, fermer les yeux, se protéger les oreilles et décompresser quelques minutes, ça ira déjà beaucoup mieux. Boire un peu d’eau peut aider, si elle s’en sent capable, de même qu’un exercice de respiration où l’on prend des expirations un peu plus longues que les inspirations[5].

Ensuite : ne pas culpabiliser, ni soi-même ni la personne. Nul n’y est pour rien.

Troisièmement : quand la personne s’en sent capable, se fixer un objectif atteignable et redémarrer. Par exemple « Je vais me relever et parler à Ananas pour lui demander de m’aider à ranger » ou « Je vais acheter telle chose, car le magasin est juste à côté, mais je terminerai mes autres achats sur Internet ».

Enfin : garder en tête que les surcharges sensorielles nous fragilisent et qu’il est important de nous laisser le temps de nous en remettre, pour éviter d’en rencontrer une nouvelle le lendemain.

 

Sur ces bonnes paroles, je souhaite à mon lecteur un mois de décembre aussi vivable que possible. On a survécu aux précédents, ce n’est pas celui-ci qui nous aura !

 

[1]A titre personnel, Alpro soja au chocolat. Je ne suis pas sponsorisée mais si Alpro veut m’envoyer des produits, qu’ils ne se gênent pas.

[2]Mention spéciale aux panneaux publicitaires lumineux encore plus invasifs, si quelqu’un aimerait passer une loi pour les rendre illégaux, ce serait cool.

[3]Suis-je littéralement en train d’inclure dans un article ma réponse à « tu préfères être sourd ou aveugle ? » ? … on dirait.

[4]Moi aussi j’aimerais vivre dans un cabinet de curiosité avec des squelettes, des bougies, des fossiles, des plantes et des instruments en laiton, mais le fait est que je fonctionne mieux si mon salon donne l’impression que personne n’y vit.

[5]Par exemple on inspire pendant trois secondes et on expire pendant quatre.


6 commentaires
  • Le p’tit point 4 est trop drôle ! C’est vraiment ça.
    Je découvre votre blog c’est super intéressant et explique beaucoup de situations que je vis et pour lesquelles je me sens souvent anormale ou défaillante. Ça fait du bien de vous lire merci.

    Christelle le
  • Pitié, cette neige est insupportable. Exemple typique de chaos visuel cité dans l’article.

    Florence le
  • Insupportable NEIGE QUI EMPECHE DE LIRE…

    So le
  • Pour enlever la neige, une solution est d’ouvrir les outils développeur du navigateur et de faire une recherche sur le mot “snow” dans le code source de la page, puis d’enlever la ligne correspondante qui commence par “”.
    Sous Chrome/Chromium : ctrl-maj-i puis ctrl-f, “snow”, entrée, puis clic droit sur la ligne surlignée → cacher.

    Oli le
  • Oui mais ranger c’est fatiguant :’(

    Oli le
  • Bonjour,

    Est-ce qu’il y a une manière d’arrêter cette neige ? Je suis obligé de faire un “copier/coller” afin de lire le blog

    Heyloo le

Laisser un commentaire
SERVICE CLIENT

Besoin d'aide ? Notre équipe est à votre service 7j/7 pour toute question sur nos articles ou votre commande.

PAIEMENT EN 3X DÈS 100€

Échelonnez vos achats sur 3 mois sans frais supplémentaires !

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Nous utilisons le cryptage SSL pour des paiements en toute sécurité avec Stripe & Paypal.

SATISFAIT OU REMBOURSÉ

Quelque chose ne va pas ? Vous avez 14 jours pour changer d'avis